Enseigner la maîtrise de soi 2 : apprendre à réagir de manière constructive

Ecrit par Catherine Wilson

Cet article est le deuxième d’une série de trois articles. 

 

Vers la fin des années 80, des psychologues se sont intéressés à un groupe d’enfants qui possédaient des facultés impressionnantes – facultés qui leurs donnaient une réelle avance sur leurs camarades.  Le plus frappant de ses atouts était la capacité qu’ils avaient à gérer leurs émotions.

Ces enfants étaient dotés d’une grande intelligence émotionnelle. Non seulement ils parvenaient à maîtriser leurs émotions les plus intenses, mais en plus, ils en récoltaient de nombreuses retombées positives. Ils avaient une capacité de concentration plus élevée que les autres enfants et ils géraient les interactions sociales stressantes avec plus de tact (comme l’intimidation par exemple). Ils appréciaient des relations d’amitiés plus profondes et plus durables, ils étaient plus performants à l’école et étaient en meilleure santé que leurs camarades. Finalement, ils étaient la preuve vivante de la vérité de Proverbes 16:32.

Cette découverte a poussé le psychologue John Gottman à déclarer qu’ « encore plus que le QI, votre savoir émotionnel et votre habileté à gérer vos sentiments seront déterminants pour votre réussite et votre bonheur, et ce, dans toutes les sphères de votre vie…»1

Mais quelle aptitude précise donnait à ces enfants un si grand avantage ? Contrairement aux autres enfants, qui se laissent bouleversés par la tristesse ou la frustration, ce groupe unique possédait une habileté remarquable à ne pas se laisser envahir par les sentiments négatifs et à concentrer son énergie à trouver des solutions productives.

Cette aptitude n’était pas due au hasard cependant. Une recherche plus poussée a démontré que leur maturité et leur maîtrise de soi étaient liées à des stratégies parentales précises. En 1997, John Gottman révéla, dans son livre Raising an Emotionally Intelligent Child, des conseils éléver de tels enfants.

 

Six bonnes habitudes à prendre en tant que parents

En fait, les parents qui réussissent à enseigner la maîtrise de soi à leurs enfants ont quelque chose en commun : ils ont développé six bonnes habitudes relationnelles qui leur permettent d’aborder de front les émotions de leur enfant :

  1. Ils sont sensibles à l’état émotionnel de leur enfant et engagent toujours la conversation avec lui s’il y a quelque chose qui semble ne pas aller.
  2. Ils encouragent leur enfant à verbaliser ses émotions et profitent de cette occasion pour lui apprendre des choses et se rapprocher de lui.
  3. Ils font l’effort de nommer les émotions (les leurs et celles de l’enfant) afin que leur enfant apprenne à les identifier.
  4. Ils font preuve d’empathie et confortent fréquemment leur enfant dans ses sentiments.
  5. Ils encouragent leur enfant à chercher lui-même des solutions au problème.
  6. Puis, ils établissent des normes comportementales claires et apprennent à leur enfant à différencier les comportements appropriés (lorsqu’il exprime ses émotions) des comportements inacceptables.

Dans le premier article, nous avons abordé les trois premières stratégies de l’apprentissage de la conscience et de la maîtrise de soi (voir Enseigner la maîtrise de soi 1 : identifier ses émotions). Dans le présent article, nous nous concentrerons sur la quatrième et la cinquième stratégie : écouter votre enfant avec empathie et chercher des solutions.

 

Apprendre à bien écouter

Le livre de Jacques inclut un passage sur la maîtrise de soi. Il encourage les croyants à être « prompts à écouter » (Jacques 1:19). Paradoxalement pourtant, les parents, même avec les meilleures intentions, font souvent l’erreur de ne pas vraiment écouter leur enfant lorsqu’il est triste. À la place, ils le poussent à se remettre rapidement de ses émotions pourtant intenses. En effet, l’instinct d’un parent est souvent de distraire son enfant s’il est en colère ou triste afin que celui-ci retrouve au plus vite un « état de bonheur ». Imaginez, par exemple, un enfant qui fait tomber son cornet de crème glacée sur le trottoir. Le parent lui dit :

« Ne pleure pas. Tu pourras manger un biscuit lorsque nous serons de retour à la maison. »

Le problème avec cette approche est qu’elle minimise l’importance de la tristesse de l’enfant. Au lieu de reconnaître la perte de l’enfant, on lui demande « d’arrêter de se sentir triste ». Ce n’est pas tout : c’est comme si l’on insinuait que le sentiment de tristesse n’est pas bien, qu’il est inconfortable pour les autres et qu’il faut donc l’éviter.

Lorsque vous faites preuve d’une bonne écoute, vous offrez tout autre chose à votre enfant – en effet, des recherches ont démontré que l’écoute est très efficace puisqu’elle permet d’être empathique. Votre empathie fait toute la différence car votre enfant sait que ses émotions ont été entendues et comprises par les personnes les plus importantes du monde pour lui, ses parents.

Dans l’histoire du cornet de crème glacée, voici une réponse plus efficace et empathique qu’un parent pourrait utiliser :

« Oh ! Mon chéri. Je comprends que tu sois triste d’avoir perdu ton cornet de crème glacée. » [Le parent identifie l’émotion, la nomme.]

[Le parent poursuit] « Je serais triste moi aussi. » [Le parent confirme l’émotion et montre que c’est correct d’être triste.]

« Tu avais tellement hâte de manger ton cornet de crème glacée. Tu dois être très, très déçu. L’es-tu ? » [Le parent invite l’enfant à expliquer comment il se sent.]

Remarquez que le parent ne s’est pas empressé de résoudre le problème. En effet, l’écoute empathique permet d’engager sans hâte une conversation avec son enfant et ainsi, lui laisser le temps de vivre et d’exprimer son émotion. De plus, elle permet au parent de répondre avec compréhension et empathie. Pendant ce temps, le parent doit observer son enfant afin de déceler les signes qui montrent que ce dernier est réconforté et qu’il est prêt à passer à autre chose. Une fois que le problème a été complètement reconnu et que les larmes ont coulé, le parent peut simplement demander :

« Comment puis-je t’aider à te sentir mieux ? »

Le message qu’assimile l’enfant dans cet exemple est bien plus profond qu’une simple discussion à propos d’un cornet de crème glacée. Le message est celui-ci : mes parents me comprennent. Ils veulent discuter de mes émotions et ne vont pas balayer mes sentiments du revers de la main ou me faire sentir gêné de ce que je ressens. Je peux compter sur eux pour m’aider à gérer mes émotions.

Il est important, particulièrement pour les parents de préadolescents et d’adolescents, de ne pas imposer leurs opinions. Voici comment une conversation entre une préadolescente et sa mère, qui essaie d’écouter les préoccupations de sa fille avec empathie, pourrait se dérouler :

Maman [d’une préadolescente qui est de mauvaise humeur depuis qu’elle est revenue de l’école] : « Tu sembles préoccupée. Veux-tu en parler ? »

Fille : « Tu n’en reviendras pas de ce qu’Amanda a fait aujourd’hui ! Amanda est une amie. »

Maman : « Qu’est-il arrivé ? »

Fille : « Elle n’arrêtait pas de m’envoyer des messages en classe pendant un examen. Le professeur m’a surprise alors que j’étais en train de répondre à Amanda, et il a pris mon téléphone. Tout le monde s’est moqué de moi. »

Imaginez, dans ce cas de figure, que la maman est inquiète à propos d’Amanda. Elle aimerait tant que sa fille se tienne loin de cette amie. À ce stade-ci, la conversation pourrait se détériorer, car la mère pourrait faire la leçon à sa fille, énumérant toutes les raisons qui font qu’Amanda n’est pas une bonne fréquentation. Toutefois, cela empêcherait la maman de connecter émotionnellement avec sa fille. Cette dernière réagirait fort probablement négativement à cette « attaque » envers son choix d’amis. Voici donc une suite plus positive à la conversation :

Maman : « Cela a dû être gênant d’être pointée du doigt de cette façon en classe. »

Fille : « C’était horrible. Et maintenant, Amanda n’arrête pas d’écrire à ce propos sur Facebook. »

Maman : « Je suis désolée que tu aies à gérer cette situation. Lorsque j’avais ton âge, mon amie Jenny avait imprimé une photo embarrassante de moi dans l’album annuel de l’école. J’avais eu beaucoup de difficulté à lui pardonner. »

Fille : « Mais cela ne t’est arrivé qu’une seule fois. Amanda se moque tout le temps de moi sur Facebook. »

Maman : « As-tu répondu à Amanda sur Facebook ? »

Fille : « Pas encore. »

Maman : « As-tu besoin d’idées sur ce que tu devrais faire ? »

Fille : « Non, j’ai déjà décidé de ce que j’allais faire. Je suis fatiguée des moqueries d’Amanda. Je vais ignorer ce qu’elle écrit sur Facebook pendant un moment. Elle comprendra le message. »

 

Chercher des solutions ensemble

En analysant les deux exemples de conversation ci-dessus avec attention, vous verrez que les parents posent efficacement deux questions clés à leur enfant. Ces deux questions sont primordiales pour enseigner la conscience et la maîtrise de soi : Comment te sens-tu ? et De quoi as-tu besoin ?

De nombreux parents sont très doués pour bien écouter et faire preuve d’empathie lorsque leur enfant exprime sa douleur, sa colère ou sa frustration. Mais soudainement, à ce stade de la conversation, plusieurs parents trébuchent. Pour enseigner la maîtrise de soi à son enfant, il faut l’aider à dépasser la question Comment je me sens ? et l’amener à se poser la question De quoi ai-je besoin ? Il s’agit ici d’un moment important où l’enfant après s’être senti bouleversé, commencera à se sentir habilité à effectuer un changement positif.

Dans cette situation, les parents doivent jouer le rôle de guide et non décider pour leur enfant. Notre rôle est d’aider notre enfant à passer les différentes options au crible. La décision finale – sur comment gérer ses sentiments – doit être prise par l’enfant.

Remarquez, dans le deuxième exemple (entre la maman et sa préado), la façon prudente avec laquelle la mère propose de trouver des solutions. En effet, elle « demande la permission » à sa fille avant de partager ses idées. Avec les enfants plus vieux, se dépêcher d’offrir une solution peut empêcher le processus qui leur permet de vraiment « ressentir leurs émotions » et de saisir l’opportunité importante de trouver leurs propres solutions.

Il est donc préférable pour les parents d’enfants plus vieux de poser des questions ouvertes telles que « qu’as-tu l’intention de faire ? » Au fur et à mesure de votre discussion, vous pouvez aider tranquillement votre enfant à évaluer les conséquences possibles des solutions qu’il propose, tant les bonnes que les mauvaises.

 

Si vos enfants sont plus jeunes, vous aurez à leur enseigner et leur montrer la maîtrise de soi pour quelques années encore avant qu’ils soient capables de trouver des stratégies efficaces par eux-mêmes. Entre temps, vous pouvez les aider dans la gestion de leurs émotions en prenant soin de leur enseigner à réagir positivement face à des émotions intenses.

Les enfants de moins de 10 ans ont du mal à garder en tête plus d’une ou deux options en même temps. De ce fait, une bonne stratégie est de créer un visuel, une liste de choix positifs que votre enfant peut garder en lieu sûr. Ainsi, lorsqu’il vit des émotions difficiles et que vous avez franchi les quatre premières étapes (reconnaître et identifier les émotions de votre enfant, puis faire preuve d’empathie et le conforter), regardez ensemble le « tableau des choix positifs » et encouragez votre enfant à choisir une réponse.

Vous trouverez ci-dessous différentes options à intégrer dans un tableau des « bons choix ». La première série d’options concerne l’état émotionnel de l’enfant. La seconde série l’aide à gérer les interactions difficiles avec autrui. Bien entendu, il est préférable que vous créiez vous-même votre tableau et que vous listiez les activités qui calment et revigorent le plus votre enfant. Vous pouvez même y ajouter des images, cela rendra la liste encore plus significative.

 

Tableau des bons choix

Quand je suis en colère, triste ou frustré, il est aussi possible que cela vienne de…

La fatigue

  • Réponses :

Faire une sieste

Lire un livre dans mon lit

Retrouver mon doudou, ma peluche préférée

Ecouter de la musique

Prendre un bain moussant

La faim ou la soif

  • Réponse :

Demander une collation

La surexcitation

  • Réponses :

Prendre 10 grandes inspirations consécutives et expirer tranquillement

Prendre un « temps calme » pour jouer seul

Faire un dessin seul

Le sentiment de rejet

  • Réponse :

Demander à passer du temps de qualité seul avec papa ou maman

Le trop plein d’énergie

  • Réponse :

Aller faire un tour de vélo, courir ou nager

L’inquiétude

  • Réponse :

Demander à papa ou maman de prier avec moi

La déception

  • Réponse :

Réfléchir à autre chose qui me donne hâte

 

Quand je suis contrarié, en colère contre quelqu’un je peux demander…

  • Du temps seul pour me calmer
  • Une explication (« Peux-tu m’aider à comprendre pourquoi tu… »)
  • Pardon (« Je suis désolé d’avoir _____. Me pardonnes-tu ? »)
  • Des excuses
  • Un compromis (« Essayons de trouver une façon d’être tous les deux satisfaits. »)
  • Une idée pour m’aider à arranger les choses
  • Une accolade
  • Une trêve (« Je ne suis pas d’accord avec toi, mais je vais respecter tes opinions. »)

 

Si vous souhaitez utiliser un tableau comme celui-ci à la maison, rappelez-vous que votre enfant peut choisir plus d’une option. Par exemple, décider de passer du temps seul pour se calmer et revenir ensuite pour essayer de trouver un compromis est une très bonne stratégie. Une fois que votre enfant a fait son choix, prenez du temps pour prier et louer Dieu ensemble. Félicitez votre enfant pour avoir fait un choix éclairé et priez pour lui afin que le Saint-Esprit l’aide à avoir une attitude positive dans la mise en œuvre de sa ou ses décisions.

 

L’importance du suivi

Il est important de ne pas laisser un problème non résolu en suspens. Le fait de se retirer dans sa chambre pour lire peut être un bon choix pour un enfant en colère, mais ne le laissez pas omettre de faire amende honorable avec un proche par la suite si cela s’avère nécessaire, par exemple, s’il a choisi le « pardon » ou le « compromis » pour la deuxième étape de son plan.

Comme vous pouvez l’imaginer, passer au travers de toutes les étapes dont nous avons fait mention jusqu’à maintenant (reconnaître et identifier les émotions de votre enfant, puis faire preuve d’empathie et chercher des solutions) nécessite du temps et une attention particulière. Dans bien des cas, vous n’aurez tout simplement pas le temps, l’énergie ou le calme pour guider votre enfant à travers les différentes étapes. Dans des circonstances difficiles, ne vous mettez pas trop de pression. Faites de votre mieux et tentez de gérer les émotions intenses de votre enfant. Promettez-lui toutefois que vous prendrez du temps plus tard pour discuter du problème. Respectez votre promesse, discutez avec votre enfant de ses sentiments et guidez-le avec des stratégies positives qui l’aideront à gérer la situation la prochaine fois.

 

  1. Raising an Emotionally Intelligent Child de John Gottman et Joan Declaire, 1997.

 

Voici le lien vers le premier article : Enseigner la maîtrise de soi 1 : identifier ses émotions.

Lisez le troisième article ici : Enseigner la maîtrise de soi 3 : connecter et encourager

 

Catherine Wilson est éditrice et auteure chez Focus Famille Canada. 

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