Enseigner la maîtrise de soi 1 : identifier ses émotions

Écrit par Catherine Wilson

Premier article d’une série de trois articles: Article 2 et Article 3.

Lorsque vous réfléchissez au développement de votre enfant, qu’est-ce qui vous paraît le plus important ? Êtes-vous impatient de le voir progresser dans l’apprentissage de la propreté ? Celui de la lecture ou des mathématiques ? En tant que parents, nous avons tendance à être obnubilés par la réussite de nos enfants, par leur capacité à maîtriser des compétences facilement mesurables telles que les aptitudes à la vie quotidienne ou les résultats scolaires.

Conseillère chez Focus Famille Canada, Wendy Kittlitz recommande pourtant aux parents de ne pas faire abstraction d’une autre priorité : le développement émotionnel de leur enfant.

« Pour bien équiper un enfant pour la vie, les parents doivent lui donner la parole. Cela veut dire l’aider à identifier ses émotions, à bien les gérer, et à exprimer ses besoins d’une façon saine, respectueuse et directe », affirme Wendy Kittlitz.

Un enfant à qui l’on n’apprend rien sur la maîtrise de ses émotions risque de devenir un adulte qui reste coincé dans des comportements d’enfant tels que bouder, pleurnicher ou faire des crises de colère pour communiquer sa frustration aux autres, ce qui frise parfois la manipulation. Il aura aussi du mal à gérer les émotions fortes, qui peuvent aisément devenir destructrices.

Dans son livre, Les langages d’amour des enfants, Gary Chapman écrit : « Cela vous surprendra peut-être, mais le premier danger qui guette votre enfant, c’est sa propre colère. S’il ne parvient pas à la contrôler, cela peut devenir destructeur pour lui-même. Son incapacité à contrôler sa colère sera la raison de tous ses problèmes présents et futurs, des résultats scolaires déplorables aux mauvaises relations. »

L’enjeu semble donc en valoir la peine. Nous savons à peu près le résultat que nous voudrions atteindre : aider nos enfants à bien gérer leurs émotions et devenir de jeunes adultes capables d’exprimer leurs sentiments et leurs besoins avec respect. Des adultes capables de gérer leur colère, de pardonner, de faire des compromis et de résoudre des conflits.

Cela paraît idéal, le problème c’est que bien souvent, nous ne savons pas comment nous y prendre pour aider nos enfants à développer cette maturité émotionnelle.

Wendy Kittlitz recommande de chercher à développer la conscience de soi de notre enfant, tout en respectant ses émotions. « Votre objectif premier est d’aider vos enfants à devenir capables de s’arrêter et de s’interroger, et ce, même lorsqu’ils sont en proie à des émotions intenses. Demandez-leur de se poser deux questions : Qu’est-ce que je ressens ? et De quoi ai-je besoin ? »

Dans cet article, nous explorons quelques stratégies pour aider votre enfant à être à l’écoute de ses émotions et à les identifier. Mais d’abord, revoyons quelques principes fondamentaux.

 

Règles de base

Quand il s’agit d’aider vos enfants à gérer leurs émotions, la qualité de votre soutien peut faire une différence énorme. Si vous souhaitez être le meilleur guide possible pour eux, il est important que vous suiviez quelques règles de base qui vous aideront à engager des discussions saines sur les émotions :

  1. D’abord, il faut partir du principe qu’une émotion n’est ni bonne ni mauvaise –  et cela inclut les émotions qui ne sont pas très “photogéniques”. L’apôtre Paul confirme ce principe par cette phrase dans Éphésiens 4.26 : « si vous vous mettez en colère, ne péchez point… ». Selon Paul, la colère précède seulement le péché.  Éprouver l’émotion de la colère est une attitude neutre et valable. Ce qui importe c’est d’apprendre à en maîtriser les suites.
  2. Montrez autant que possible à votre enfant qu’il ne doit pas avoir peur de partager ses émotions avec vous. Il est normal de vivre des émotions de toutes sortes et de les exprimer. Peu importe comment et quand votre enfant révèle ses sentiments – en pleurant doucement ou en éclatant de colère – essayez toujours de rester calme, respectueux et de maîtriser vos propres émotions et réactions.
  3. Ne portez pas de jugement sur les sentiments de votre enfant ou n’essayez pas de “les raisonner”. Des phrases comme « il n’y a rien d’inquiétant là-dedans » ou « les grands garçons ne pleurent pas » reviennent en fait à dénigrer les émotions de votre enfant, même si le but est de les rassurer. Tentez plutôt de prendre ses ressentis en compte avec respect en disant, par exemple, « je suis désolé de te voir si triste. Je serais triste moi aussi si j’étais à ta place ».

 

Connecter avec ses émotions

Comme je l’ai déjà mentionné, le premier pas vers la maîtrise de soi est d’apprendre à identifier correctement une émotion et à la nommer. Cela peut vous paraître élémentaire, mais au départ, ça ne l’est pas. Sans aide, de nombreux enfants n’arrivent pas à faire le lien entre ce qu’ils ressentent et le nom de cette émotion. Et si votre enfant ne peut pas nommer son émotion – et les émotions sont souvent difficiles à décrire – il ne parviendra pas à en parler ni à y donner un sens. Ainsi, il sera difficile de l’aider à gérer les comportements qui en découlent.

Michael Monroe, parent adoptif, présente un témoignage touchant sur la difficulté qu’ont les enfants à se connecter à leurs émotions s’ils ne sont pas guidés par un adulte:

« … plusieurs de nos enfants (adoptés), si l’on considère leur passé, ont un nombre accablant de sentiments et d’émotions mélangées qu’ils ne sont pas capables d’exprimer. Il est par exemple très difficile pour certains d’entre eux de dire « Je me sens gêné ». Certains n’ont tout simplement pas les mots pour le dire… Du coup, bien trop souvent, vu qu’ils n’arrivent pas à exprimer ce sentiment, vu qu’ils n’arrivent pas à l’identifier, ils l’expriment en acte. Ils peuvent rentrer dans une rage folle, même si la racine de ce qu’ils ressentent est en réalité la gêne ou la tristesse. » 

Voici quelques trucs qui aideront très tôt vos enfants dans ce domaine :

  • Entre 0 et 2 ans, vous pouvez prendre l’habitude de lui montrer des images dans des livres pour enfants qui l’aideront à reconnaître de simples émotions comme la tristesse, la colère, la joie, etc. Vous pouvez même en faire un jeu. Faites une affiche avec de petits dessins montrant différentes expressions faciales et affichez-la sur votre réfrigérateur. Puis, jouez avec votre enfant à essayer de deviner l’émotion qui se cache derrière chaque expression.
  • Cherchez à parler ouvertement et souvent des émotions. Montrez l’exemple en identifiant vos propres émotions et invitez votre enfant à considérer les siennes. Vous pouvez dire, par exemple « En ce moment, je suis de mauvaise humeur et je crois que c’est parce que j’ai faim. Toi, comment te sens-tu ? » ou encore « Je suis très déçu de cela. Es-tu déçu toi aussi ? »
  • H. Norman Wright, dans son livre It’s Okay to Cry, propose une façon simple d’encourager les tout-petits à entamer un dialogue à propos de leurs émotions.  Mettez votre main en l’air, doigts écartés, et dites simplement « Voici un doigt pour la tristesse, un doigt pour la colère, un doigt pour la joie, un doigt pour la peur et un doigt pour la solitude. Lequel se rapproche le plus de ce que tu ressens ? » Si le moment est propice, ajoutez : « Lorsque tu te sens [identifiez une émotion], que veux-tu faire ? Que souhaites-tu que je fasse ? »

 

Décortiquer ses émotions

Tourmenté et repentant, le Roi David pleura devant le Seigneur : « Tu veux que la vérité soit au fond du cœur. » (Psaume 51.6) Il est toutefois très difficile pour nous, pécheurs, de discerner la vérité sur nous-mêmes – et c’est vrai aussi en ce qui concerne nos propres émotions (voir Jérémie 17.9). Un des concepts importants à partager avec les enfants est que nous ressentons souvent plusieurs couches d’émotions. La colère, tout particulièrement, cache souvent d’autres émotions que nous ne sommes pas parvenus à identifier ou que nous ne sommes pas prêts à affronter telles que la peur, la douleur ou la frustration. Il faut tenter d’enseigner à nos enfants comment examiner en profondeur cette émotion de surface et la décortiquer.

Les thérapeutes Milan et Kay Yerkovich invitent les parents à mettre une liste d’émotions sur le réfrigérateur. Cela aidera les enfants et les adolescents à identifier et à discuter en profondeur de leurs sentiments cachés. Cette liste permettra d’aller plus facilement au fond du problème, tout particulièrement si elle est utilisée avec des phrases telles que :

« Tu as l’air en colère (ou triste), mais je me demande s’il n’y a pas un autre sentiment caché derrière cette colère (ou tristesse). Regardons la liste ensemble. »

Pour les préadolescents et les adolescents : « Il me semble que quelque chose te préoccupe. Parlons-en ce soir. Lorsque tu es prêt, choisis quelques mots qui correspondent à ce que tu ressens dans la liste, et tu peux venir m’en parler. »

Norman Wright suggère aux parents d’apprendre à leurs enfants à dire « je suis blessé-fâché », « je suis effrayé-fâché » ou « je suis frustré-fâché ». D’autres combinaisons d’émotions peuvent également être utiles : déçu-triste, gêné-triste, inquiet-triste et rejeté-triste.

Les enfants ont besoin d’établir une connexion entre leurs émotions et leur état physique. Tout en les aidant à décortiquer leurs émotions, vous pouvez leur montrer comment faire « un examen physique » et « un examen de leurs sentiments ». Pour les jeunes enfants, dites simplement quelque chose comme :

« Tente de ne pas écouter tes pensées colériques pour le moment. Écoute ton corps à la place. Qu’est-ce que ton corps te dit ? Es-tu fatigué ? As-tu faim ? Es-tu malade ? As-tu mal quelque part ? » Si votre enfant ne peut identifier un problème physique, continuez en disant : « OK, ton corps se porte bien. Vérifions autre chose. Y a-t-il des sentiments qui se cachent derrière ta colère ? »

Tout parent peut bénéficier de techniques efficaces pour aider un enfant à parler de ses sentiments.

La prochaine étape, une fois que vos enfants sont capables d’identifier et d’exprimer leurs sentiments – et de répondre à la question « qu’est-ce que je ressens ? » – est de leur apprendre à répondre à la deuxième question qui commence à aller dans le sens de la maîtrise de soi : « De quoi ai-je besoin ? » Nous parlons ici du concept de discipline et de la façon dont les parents peuvent discipliner efficacement leur enfant, de façon à leur permettre d’apprendre la maîtrise de soi. Nous aborderons ce sujet dans un prochain article.

Avant de conclure, permettez-moi un commentaire rapide sur la discipline : notre discussion concernant les couches d’émotions souligne l’importance d’entendre les cris du cœur de notre enfant – leurs émotions les plus profondes – avant de discipliner leur comportement. Un enfant qui a l’air fâché peut, en fait, être profondément triste. Cet aspect est tout particulièrement important pour les parents d’adolescents.

 

Voici le lien vers le deuxième article : Enseigner la maîtrise de soi 2 : apprendre à réagir de manière constructive

Lisez le troisième article ici : Enseigner la maîtrise de soi 3 : connecter en encourager

 

Catherine Wilson est éditrice chez Focus Famille Canada.

© 2013 Focus Famille Canada. Tous droits réservés.