Les mots qui blessent : faites-vous preuve de violence psychologique ?

Ecrit par Todd Foley

Jerry a toujours raison. Caroline, son épouse, a toujours tort. Et il s’arrange pour qu’elle le sache. Il jette le blâme sur elle, se défile de ses responsabilités et souhaite tout contrôler, mais continue de proclamer son dévouement pour leur mariage. Ce mélange d’amour et d’abus le rend aveugle et il ne se rend pas compte qu’il fait preuve de violence psychologique.

Jerry et Caroline sont un couple fictionnel, mais leur situation n’est pas exceptionnelle, même au sein des mariages chrétiens. Les couples vivant dans la violence psychologique sont souvent aveuglés par la situation – le bourreau ne se rend pas compte qu’il fait preuve de violence, et la victime ne se rend pas compte qu’elle cautionne ce genre de comportement toxique.

Les personnes qui font preuve de violence psychologique envers leur conjoint accusent souvent tout le monde sauf eux-mêmes. Nous avons discuté avec des experts afin de vous expliquer ce qu’est la violence psychologique, de vous transporter dans la tête d’un bourreau et de vous éclairer quant à la façon de briser ce cycle destructeur.

À quoi ressemble la violence psychologique ?

Contrairement à la violence physique, la violence psychologique ne laisse pas de trace visible et elle est souvent très difficile à déceler. L’institut d’études de l’Université de Carleton définit ce type de violence comme suit : « Tout comportement qui n’affirme pas ni ne nourrit, le sentiment d’identité propre d’une personne. Comportement d’une personne qui agit au contraire de manière intentionnelle et délibérée dans l’intention de nuire à l’identité et à la force personnelle de cette autre personne. »

Karin Gregory, conseillère chez Focus on the Family Canada, affirme que les signes de violence psychologique incluent le fait de toujours rejeter la faute sur l’autre et le besoin de toujours avoir une longueur d’avance sur tout le monde. Elle explique que « la violence psychologique revient à mettre sa douleur et sa colère dans les mains de quelqu’un d’autre, et s’attendre à ce que celui-ci règle le problème : Dans mon monde, je m’attends à ce que tu règles mon problème parce que je ne sais pas comment. Tu es responsable de mon bonheur. »

Il est important ici de noter que même si les exemples qui suivent font référence à des hommes, les femmes peuvent tout aussi bien faire preuve de violence psychologique. Quel que soit le sexe, il y a de fortes chances que les coupables ne se rendent pas compte que leurs actions sont destructives.

Dans son livre, Why Does He Do That? Inside The Minds of Angry and Controlling Men, Lundy Bancroft explore différents profils d’hommes violents et explique comment ils s’y prennent, quelles sont leurs tactiques :

  1. L’homme exigeant :Il croit avoir tous les droits et se met en colère facilement. Il est extrêmement critique, et souvent, il surévalue sa contribution à la vie familiale.
  2. Monsieur Parfait: Il considère son opinion comme étant l’autorité ultime et n’accorde aucune importance aux sentiments de son épouse. Il déforme la logique rationnelle de sa conjointe en quelque chose d’absurde, ce qui fait qu’elle se repent même d’avoir sa propre opinion.
  3. Le bourreau subtil: Il arrive à attaquer verbalement sa conjointe sans crier ni même hausser le ton. Ses attaques sont faites « en douceur » et provoquent la colère de son épouse ; de cette façon, c’est elle qui a l’air de faire preuve de violence.

Des études ont démontré que ces profils sont les manifestations d’un système de croyances déformé. Dans leur livre, When Love Hurts: A Woman’s Guide to Understanding Abuse in Relationship, Jill Cory et Karen McAndless-Davis affirment que les hommes violents se croient importants, supérieurs et dignes d’intérêt. « Ils utilisent des tactiques violentes pour imposer leur système de croyances », écrivent-elles. « Les tactiques abusives leur permettent de garder le contrôle et d’avoir plus de pouvoir sur leur épouse. Un homme violent utilisera n’importe quelle forme d’abus pour gagner et arriver à ses fins », ajoutent-elles.

Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à se montrer violent ?

Bien qu’il soit facile de qualifier la violence comme étant fondamentalement horrible, Lundy Brancroft explique que le fait d’en comprendre la cause aide à remédier au comportement destructeur.

« Une personne violente est un être humain – et non pas un monstre diabolique – qui souffre d’un problème extrêmement complexe et destructeur qui ne doit pas être sous-estimé », écrit-il dans son livre.

Étant donnée la nature complexe des tendances violentes, la cause d’un tel comportement peut être tout aussi complexe. Karyn Gregory affirme qu’un sentiment de peur et de honte peut parfois être à l’origine de la violence et que les tendances violentes peuvent provenir du fait que le bourreau a été lui-même victime d’abus dans le passé, bien avant son mariage. Elle explique que cela se transforme souvent en un besoin de contrôler ce sentiment de honte avec la violence. Elle explique que « la personne violente pourrait penser : je ne serai plus jamais ce petit garçon ou cette petite fille tremblante. Plus jamais je ne serai vulnérable à ce point. Je dois garder le contrôle ».

Que faire maintenant ?

Ne perdez surtout pas espoir : les couples qui sont en situation de violence psychologique peuvent changer. Lundy Bancroft affirme qu’il faut commencer par aider la personne violente à se pencher sur sa vision du monde et ses perspectives. « Le problème avec la violence n’a étonnamment pas grand-chose à voir avec comment un homme se sent, mais tout à voir avec comment il pense », écrit-il. « Mon travail, en tant que conseiller, est de me plonger dans ce fouillis élaboré que sont les pensées d’une personne violente et de l’aider à défaire les nœuds. »

Le premier obstacle à surmonter est le stigmate entourant l’aide psychologique. « La plupart des hommes violents refusent de recevoir une aide psychologique », écrivent Jill Cory et Karen McAndless-Davis. « Ils ne veulent pas être mis au défi [et] ils ne veulent pas que les autres apprennent leur mauvais comportement. Ils souhaitent que la violence demeure un secret, et c’est ce secret qui explique pourquoi la violence persiste », ajoutent-elles.

De la même façon que la victime ne réalise souvent pas qu’elle subit de la violence jusqu’au moment où un conseiller lui en fait mention, Karyn Gregory explique qu’une personne violente ne réalise pas nécessairement qu’elle est en train de rendre sa relation toxique.

« J’ai discuté avec un homme chrétien qui m’a raconté avoir été horrifié de constater qu’il était, avec son épouse, le même homme que son père avait été avec sa mère. Il s’était promis de ne jamais se comporter ainsi. Alors, lorsqu’il a réalisé que c’est ce qu’il faisait, il est allé demander de l’aide afin de briser ce cycle malsain », raconte-t-elle.

Karyn Gregory fait une mise en garde : ce n’est pas, en ce moment, le temps de suivre une thérapie de couple, car à ce stade, il n’est pas sûr pour la victime de dire toute la vérité devant son bourreau. Elle ajoute que cette dernière n’est pas responsable de la violence, et qu’il est important que la personne violente commence par affronter son problème en solo.

« Comment une personne peut-elle s’exprimer en toute sécurité en thérapie, si c’est pour endurer, sur le chemin du retour, le même genre de raclée dénigrante, émotionnelle et pleine de reproches qui a poussé le couple à suivre une thérapie à l’origine, même si aucun coup n’avait été porté ? », demande-t-elle. Elle ajoute qu’il « n’est pas sécuritaire ni efficace pour les couples de tenter un travail de couple ensemble tant que la violence persiste. »

Karyn Gregory ajoute qu’une fois que la personne violente aura suivi une thérapie efficace de son côté, le couple pourra envisager de suivre une thérapie ensemble.

Cet article est la deuxième partie d’une série de deux articles. Cliquez ici pour lire le premier article.

Todd Foley est éditeur délégué chez Focus Famille Canada.

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