Qui est Jean Vanier ?

Par Alexandra Lopes

Portrait d’un homme tendre et libre qui participe à changer le monde, un cœur à la fois.

« L’exemple de Jésus m’incite à ouvrir mon cœur, me pousse à aimer, et à comprendre que c’est à moi d’agir si je veux qu’il y ait moins de souffrances et que le monde devienne plus humain. »

Une enfance qui lui donne des ailes

Jean Vanier est né en 1928. Son père étant militaire et diplomate canadien, Jean voyage beaucoup et passe une grande partie de son enfance en Angleterre.

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, la famille Vanier quitte l’Angleterre pour se réfugier au Québec, leur terre d’origine.

Et puis à l’âge de 13 ans, Jean ressent le désir de retourner en Europe : il veut s’engager dans la marine anglaise. Il demande alors l’autorisation à son père de partir : « Je te fais confiance, lui dira ce dernier. Si tu penses que tu dois le faire, fais-le. » Cette parole est fondatrice dans la vie de Jean : elle lui permet de se faire confiance et de devenir adulte.

« Mon père m’a libéré, il m’a donné confiance en moi, confiance en mes intuitions. Je pouvais maintenant me risquer à vivre. »

Un homme libre d’être différent

Le jeune garçon embarque donc pour l’Angleterre. Mais quand il arrive au collège militaire, il est vite confronté à sa différence : il arrive en retard, il est très grand de taille, il est canadien, et il est catholique dans un univers protestant. Pourtant, il va très rapidement accepter d’être différent, et cela va le rendre très libre vis-à-vis du regard des autres.

D’ailleurs, il s’inspirera toute sa vie de gens qui ont osé être différents, comme Martin Luther King ou Gandhi, des résistants qui ont su dire non à un mouvement général. Jean est un homme libre qui aime les gens libres.

« Les gens dits normaux sont souvent compliqués. Dans les conversations, il faut se montrer intelligent, cultivé. Je ne suis pas toujours très à l’aise. Ce qui m’intéresse est de faire quelque chose qui a un sens, du moins pour moi, dans le cours du déroulement de l’humanité. »

Après 8 ans dans l’armée, Jean se sent appelé à vivre une autre vie. Il souhaite alors approfondir sa foi et comprendre comment vivre l’Évangile dans son quotidien. À 20 ans, il décide donc de démissionner de l’armée pour étudier la philosophie et la théologie à Paris.

La naissance de son rêve

Durant ses études, Jean commence à s’intéresser à la question de l’accueil des personnes ayant un handicap, souvent marginalisées et rejetées par la société.

Un jour, il est invité à visiter un asile psychiatrique et il découvre avec horreur la maltraitance qu’y subissent les personnes ayant un handicap mental. Il en ressort bouleversé.
Il commence alors à consacrer sa vie aux plus vulnérables dans la société et à lutter contre ce qu’il appelle la « tyrannie de la normalité », tout en essayant de demeurer au plus près de l’enseignement de Jésus.

« Je n’avais pas de plan, j’étais seulement porté par l’intuition du moment, un sentiment de providence et la certitude d’être proche des plus faibles. J’ai fonctionné ainsi toute la vie. C’est pourquoi je dis souvent : Laissez les gens avoir des rêves ! »

La création de l’Arche

Poussé par son intuition profonde, Jean décide de s’installer avec Raphael et Philippe, deux hommes rencontrés dans l’asile psychiatrique. Il veut vivre avec et s’engager auprès de ces deux hommes dont le cri l’a touché et qu’il considère dès lors comme ses amis.

Leur cohabitation mène Jean à réaliser qu’il a autant à apprendre des personnes ayant un handicap mental qu’elles ont à apprendre de lui. Leur capacité à établir des relations tendres et profondes participe à guérir ses propres blessures, et leur authenticité et leur simplicité lui apprenne à changer de regard sur les autres et sur le monde.

Ce témoignage touche de nombreuses personnes et dès l’année suivante, de nouveaux lieux de vie semblables sont créés et des bénévoles du monde entier se joignent à Jean.

C’est ainsi qu’en 1964, l’Arche est créée. Cette association consacrée à l’accueil de personnes ayant un handicap mental existe aujourd’hui dans quarante pays et compte plus de 5000 membres.

« À l’Arche, nous avançons ensemble sur un chemin de vie, de communion, sans distinction de nationalités ou de religions. L’essentiel est d’aimer, de rire, de partager de la tendresse, sans chercher à posséder l’autre. L’amour révèle à l’autre qu’il est bien plus beau qu’il n’ose le croire. »

La portée de son message

Jean Vanier a aujourd’hui 88 ans. Il a diffusé son message de paix à travers le monde, inspirant de nombreuses personnes à croire que l’on peut transformer le monde en aimant les gens pour ce qu’ils sont et surtout comme ils sont.

Tous ceux qui le rencontrent sont profondément touchés par sa tendresse, son humilité et sa présence exceptionnelle à l’autre.

« Chacun, personnellement, a un choix de responsabilité à faire ; chacun est invité à savoir réagir pour qu’il y ait plus d’humanité sur notre Terre. Pour créer une société humanisée où chaque personne puisse croître et s’épanouir. »

Pour aller plus loin 

Sur le web :

Site de l’Arche Canada
Site de Jean Vanier

Livres :

Jésus vulnérable, écrit par Jean Vanier, éditions Salvator, 2015.
Larmes de silence : une méditation, écrit par Jean Vanier, éditions Presse de la Renaissance, 2014.
Notre vie ensemble, une biographie sous forme de correspondance, écrit par Jean Vanier, éditions MediasPaul, 2010
Jean Vanier : portrait d’un homme libre, écrit par Anne-Sophie Constant, éditions Albin-Michel, 2014.

 

Sources :
Site web officiel de Jean Vanier.
Radio Vatican, « Portrait d’un homme libre » entretien avec Anne-Sophie Constant, 13 septembre 2014.
Le Point.fr, « Jean Vanier : quand les handicapés nous apprennent à aimer », 22 décembre 2012.
Hors série La Vie, Oser la fragilité, « La fragilité est au cœur de l’humain ».

 

Alexandra Lopes © 2016. Tous droits réservés.