Oser exposer la vérité

Par Tricia Goyer

Le jour où j’ai enfin osé parler ouvertement de l’avortement que j’avais subi quand j’étais adolescente.

Je n’avais aucune envie de raconter ce qui s’était passé. Mais mon pasteur m’avait demandé si je voulais bien partager mon histoire à l’église, l’histoire que j’avais cachée pendant tant d’années. L’histoire de mon avortement. Je savais bien que cela pourrait aider d’autres femmes à recevoir le pardon, mais cela voulait aussi dire que je devais en parler à mes enfants, ce que je redoutais profondément.

Mes enfants avaient alors 5, 7 et 10 ans et bien que je sois leur maman, j’étais persuadée qu’ils me haïraient une fois qu’ils sauraient la vérité. Comment expliquez-vous à vos enfants qu’ils auraient un autre frère ou une sœur, si leur mère n’avait pas fait un très mauvais choix ?

John et moi avons prié pour savoir comment le dire à nos enfants. Nous savions que même s’ils avaient déjà entendu le mot « avortement », ils ne comprenaient probablement pas ce que cela voulait dire. Vu leur âge, nous avons pensé qu’ils n’avaient pas besoin de connaitre les détails. Nous voulions en revanche leur expliquer pourquoi beaucoup de femmes mettent fin à leur grossesse – parce qu’elles sont poussées par la peur et l’inquiétude, ou sont sous la pression d’autres personnes.

Quelques jours plus tard, mon mari et moi avons expliqué à nos enfants qu’un avortement prenait place lorsqu’une femme ne voulait pas être enceinte et qu’elle subissait une opération pour mettre fin à la vie de son bébé. L’expression sur le visage de mes enfants montrait qu’ils étaient horrifiés. John a ensuite expliqué les raisons pour lesquelles ces femmes pouvaient prendre une telle décision et les enfants ont exprimé leur tristesse pour elles. Et puis, les larmes aux yeux, je leur ai raconté mon histoire.

Quand on laisse grandir le péché

Avec une voix tremblante, je leur ai expliqué que lorsque j’étais au secondaire, j’étais tombée enceinte. À la clinique, les infirmières m’avaient dit que ce n’était pas encore réellement un bébé, que ce serait mieux de ne pas le garder. J’avais toujours voulu être une maman, mais avoir un bébé à 15 ans me faisait peur. J’étais inquiète de ce que les gens penseraient de moi.

J’ai dit à mes enfants que j’avais voulu croire que ce qu’on m’avait dit à la clinique était vrai, parce que cela semblait être une façon facile de m’en tirer. J’ai donc ignoré la petite voix en moi qui me soufflait que j’allais détruire une vie. Après l’avortement, je me suis sentie vide et j’avais le cœur brisé. Cela a pris des années pour que cette douleur émotionnelle s’atténue.

John et moi leur avons aussi expliqué qu’à cette époque, je ne suivais pas Jésus, et que je voulais faire les choses à ma façon. J’ai leur ai ensuite lu le passage biblique dans Jacques 1.14-15 : « Mais chacun est tenté quand il est attiré et entraîné par ses propres désirs. Puis le désir, lorsqu’il est encouragé, donne naissance au péché et le péché, parvenu à son plein développement, a pour fruit la mort. » Dans mon cas, mon péché avait mené à la mort de leur frère ou de leur sœur. Mes enfants écoutaient attentivement et je pouvais lire la tristesse sur leur visage.

Recevoir le pardon

Plusieurs mois après mon avortement, j’ai croisé une femme portant une broche représentant de minuscules petits pieds (un symbole pro-vie). Quand je l’ai interrogée, elle m’a expliqué que cela représentait la taille réelle des pieds d’un fœtus de 10 semaines. J’ai compris à ce moment-là que mon bébé avait déjà un corps, des pieds, des mains, et un cœur qui battait. La réalité de mon choix m’est enfin apparue clairement. Submergée par la culpabilité, je me suis enfoncée dans l’autodestruction, en faisant encore plus de mauvais choix.

Mais à l’âge de 17 ans, j’ai accepté Jésus. J’ai réalisé que j’avais fait des mauvais choix et j’ai demandé à Dieu de faire quelque chose de ma vie.

J’ai expliqué à mes enfants que j’avais alors demandé à Jésus de me pardonner. Et à ce moment-là, je leur ai demandé pardon à eux d’avoir avorté de leur frère ou sœur qu’ils ne connaitraient pas sur cette terre.

En quelques secondes à peine, je me suis retrouvée entourée affectueusement par trois petites paires de bras. « Ne t’inquiète pas maman, on t’aime fort et on te pardonne ! »

C’était comme si un barrage venait de céder dans mon âme. Pendant des années, ce secret était resté derrière ce grand mur que j’avais construit. Le partager et voir qu’ils continuaient de m’aimer m’a libérée d’un grand poids. Des larmes coulaient le long de mes joues alors que je les serrais dans mes bras. En tant que maman, mes enfants étaient les dernières personnes que je voulais décevoir.

Ils étaient tristes et c’était évident, mais leur amour était encore plus fort.

Partager mon histoire

Chaque fois que mes enfants ont évoqué le sujet, parfois même des années après, j’en ai parlé avec eux. Ils m’ont quelquefois dit que leurs amis leur avaient posé des questions sur ce que j’avais partagé à l’église et qu’ils avaient pu leur expliquer mon parcours. Plus tard, j’ai partagé mon témoignage avec d’autres groupes, et j’ai pu redire à mes enfants combien cela avait aidé d’autres personnes qui avaient elles aussi besoin d’entendre parler du pardon de Jésus. Nous avons beaucoup discuté ensemble de la manière dont Dieu pouvait se servir des passages difficiles de nos vies pour aider les autres.

Quand ma fille a eu 16 ans, elle est rentrée d’un rassemblement de jeunes et m’a confié que le sujet de l’avortement avait été abordé.

« Maman, beaucoup pensaient qu’une femme devrait avoir le choix, mais je leur ai raconté ton histoire. »

Ma fille avait partagé avec les autres ma souffrance et ma peine. « Beaucoup de femmes ne savent pas ce qu’elles choisissent et elles en souffrent pendant des années ensuite. Comme ma mère », leur avait-elle expliqué.

Au départ, la meilleure chose à faire me semblait être de garder mon secret. Mais partager mon expérience a permis à d’autres, dont mes enfants, de mieux comprendre les décisions et leurs conséquences – et la vérité sur la souffrance, la perte et les regrets.

Et vous ? Devriez-vous partager votre secret ?

 

Tricia Goyer a écrit 25 livres et plus de 300 articles. Son livre à destination des mères adolescentes, Life Interrupted, a eu un grand succès.

Cet article a été publié dans le numéro de janvier-février 2011 du magazine Thriving Family sous le titre « Facing the truth ». Tous droits réservés © 2010 par Tricia Goyer. Utilisation autorisée.