Les interactions de Jésus avec les femmes : un exemple de respect et d’intégration

Par Subby Szterszky

Il existe un discours plutôt répandu dans nos cultures actuelles qui décrit le monde chrétien comme étant négatif à l’égard des femmes, voire hostile. Il est, de plus, convenu que cela a toujours été le cas. Ce discours nous précise que l’église est issue d’une société façonnée par le patriarcat et l’oppression, valeurs qui seraient encore au cœur de son fonctionnement actuel.

Pourtant, un simple regard à l’histoire de l’Église primitive nous montre une image tout autre. Comparé à la misogynie qui prévalait au temps de l’Antiquité gréco-romaine, le mouvement chrétien était particulièrement contre-culturel dans son affirmation du genre féminin, ce qui a eu pour conséquence d’attirer en masse les femmes. Le sociologue Rodney Stark estime que durant les deux premiers siècles, environ deux tiers de l’église étaient composés de femmes. D’ailleurs, les critiques païens de l’époque tels que Celsus et Lucian se servaient de ce fait pour tourner la foi chrétienne en dérision, la qualifiant de religion de femmes.

Comment expliquer ce phénomène ? En un mot : Jésus. En tant que Créateur et Seigneur de l’église – et de tout le reste, en fait – Jésus est le modèle qui fait autorité quant à la manière dont nous devons vivre et nous comporter les uns envers les autres, au sein de son église comme à l’extérieur. Dans toutes ses interactions avec les femmes, il est évident que Jésus les a accueillies, traitées avec respect et encouragées en tant que sœurs et en tant que personnes de valeur, créées à l’image de Dieu.

La femme samaritaine au bord du puits

Jean 4.1- 42

Jésus savait s’y prendre pour ébranler les préjugés de la culture de son époque, chose particulièrement visible lors de sa rencontre avec la femme samaritaine. Pour ses disciples juifs, cet épisode était problématique à plusieurs niveaux, les laissant clairement perplexes, tout comme la femme à qui Jésus s’est adressé d’ailleurs.

Les samaritains étaient un peuple méprisé à cause de leur héritage juif et païen. Les juifs n’avaient aucun contact avec eux. De plus, les hommes juifs ne parlaient pas aux femmes en public, y compris à leur propre épouse, alors encore moins à une étrangère. Par ailleurs, le fait que cette femme vienne au puits en milieu de journée, à l’heure la plus chaude, nous laisse supposer qu’elle avait conscience de sa mauvaise réputation et qu’elle cherchait à éviter tout contact social inconfortable.

Jésus ne s’est arrêté à rien de tout cela. Il a accepté que cette femme samaritaine impure lui donne à boire dans un contenant impur. Il a respecté son intelligence en s’engageant avec elle dans une conversation soutenue au sujet de la nature de Dieu, de l’adoration et de sa propre nature en tant que Messie. Il a aussi relevé le péché de cette jeune femme de la manière la plus gracieuse et diplomatique qui soit.

Le respect avec lequel Jésus l’a traitée ainsi que sa connaissance des secrets qui se cachaient dans son cœur ont donné à cette femme le courage de retourner en ville, s’exposant ainsi au mépris de tous, et de commencer à répandre la bonne nouvelle de Jésus le Messie. C’est ainsi qu’elle est devenue la première évangéliste non-juive de toute l’histoire relatée par les Écritures.

La femme syro-phénicienne

Matthieu 15.21-28 ; Marc 7.24-30

Au moins une fois au cours de son ministère, Jésus est sorti des limites de la Judée et de la Galilée, se rendant vers le nord-ouest, dans la région de Tyr et Sidon, territoire actuel du Liban. Au cours de ce voyage, il a croisé une femme, dont on nous rapporte qu’elle était syro-phénicienne, cananéenne et non-juive, autant de termes exacts pour décrire une païenne originaire de cette région.

On peut faire des parallèles entre l’histoire de cette femme et celle de la samaritaine, mais elles présentent aussi des différences qui peuvent être dérangeantes pour le lecteur moderne. Cette femme est venue vers Jésus dans un lieu public et l’a supplié de guérir sa fille, qui était possédée d’un esprit mauvais. Au départ, Jésus semble l’ignorer et ne lui dit rien. Bien sûr, ses disciples le pressent de se débarrasser d’elle et de les sortir de cette situation gênante. Cependant, Jésus avait une autre idée en tête. Comme avec la samaritaine, il commença à parler avec elle de sujets religieux, quoiqu’utilisant des métaphores déroutantes concernant des chiens et des enfants et qui devrait passer en premier. Sans se laisser décourager, cette femme lui répondit avec foi et raison, exactement tel que Jésus s’y attendait. Il loua donc cette femme païenne pour sa grande foi et lui accorda ce qu’elle lui demandait.

Tout au long de son temps sur terre, Jésus a traité les femmes et les hommes comme des individus, avec douceur et respect, mais sans sentimentalité, s’adaptant aux particularités de chaque situation. Dans cette étrange rencontre avec la femme syro-phénicienne, Jésus n’a pas seulement guéri sa fille, mais il l’a aussi amenée à confesser sa foi en lui, faisant d’elle l’une des premières païennes converties du Nouveau Testament.

La femme souffrant d’une perte de sang

Matthieu 9.18-26 ; Marc 5.21-43 ; Luc 8.40-56

Il existe de nombreux passages dans les évangiles où Jésus amène les personnes à confesser leur foi, en particulier dans ses interactions avec les femmes. De retour en Galilée, il a rencontré cette femme qui souffrait d’une perte de sang ininterrompue depuis douze ans (le terme grec employé est la racine du mot français « hémorragie »). Selon la loi juive, elle était perçue comme ayant continuellement ses règles et donc elle était perpétuellement impure. Elle vivait probablement seule, mais avait tout de même eu les ressources nécessaires pour payer en vain des médecins pendant douze ans, à la recherche d’une solution médicale.

En désespoir de cause, elle s’est approchée de Jésus au milieu de cette foule, espérant être guérie en touchant le bord de son vêtement et repartir sans se faire remarquer. Cependant, Jésus a su immédiatement qu’une force était sortie de lui, tout comme la femme savait aussi qu’elle avait été guérie. Lorsqu’il a posé la question : « Qui m’a touché ? » ce n’est pas parce qu’il ne savait pas, mais parce qu’il voulait que la foule voie ce qui s’était passé.

Contrairement ce à quoi tout le monde s’attendait, y compris la pauvre femme tremblante, Jésus ne s’en est pas pris à elle pour l’avoir touché, malgré son impureté. Au contraire, il l’a reçue et a exalté sa foi, l’appelant « ma fille », la guérissant de sa maladie chronique et lui permettant de reprendre sa place dans la communauté.

La fille de Jaïrus

Matthieu 9.18-26 ; Marc 5.21-43 ; Luc 8.40-56

L’histoire de la femme à la perte de sang est liée à la fille de quelqu’un d’autre : une fillette de 12 ans, enfant unique de Jaïrus, le chef de la synagogue. L’enfant était malade et sur le point de mourir quand son père est venu à Jésus, le suppliant de sauver sa fille. En effet, Jésus était en chemin vers la maison de Jaïrus lorsque la femme à la perte de sang s’était approchée de lui. Pendant cet épisode, la jeune fille est décédée, mais Jésus a demandé à son père de ne pas avoir peur et de croire, et tout irait bien. Avec tendresse et compassion, il est alors entré dans la chambre de la fillette, accompagné de ses plus proches disciples et des parents de l’enfant, l’a prise par la main et l’a fait lever.

Il s’agit là de l’une des trois résurrections accomplies par Jésus et rapportées dans les évangiles. Il est évident que Jésus se préoccupait des femmes, quel que soit leur arrière-plan ou leur statut social, y compris les plus jeunes et les moins influentes d’entre elles.

La femme adultère

Jean 7.53 – 8.11

Les ennemis de Jésus connaissaient très bien son attitude pleine de grâce envers les femmes, ce qui explique pourquoi ils ont essayé de s’en servir contre lui. Ainsi, pendant l’une de ses visites à Jérusalem, un groupe de pharisiens a traîné une femme prise en flagrant délit d’adultère devant Jésus, citant la loi mosaïque selon laquelle une telle femme devait être lapidée. Pour être exacte, la loi demandait à ce que l’homme et la femme pris en flagrant délit d’adultère soient tous deux lapidés, mais il semble que ce groupe d’hommes avait choisi de ne condamner que la femme, laissant l’homme impliqué s’en sortir.

Quoi qu’il en soit, ces chefs religieux n’avaient aucune considération pour cette femme en tant que personne. Il leur importait peu de savoir si elle vivrait ou si elle mourrait. Elle n’était rien d’autre qu’un instrument dans leurs mains pour leur permettre de piéger Jésus. S’il faisait preuve de miséricorde envers elle, ils pouvaient l’accuser de violer la loi mosaïque. S’il acceptait de la lapider, ils allaient pouvoir l’accuser auprès des autorités romaines d’avoir fait justice lui-même.

La réaction de Jésus a été tout aussi mystérieuse que percutante. Il a commencé à écrire avec son doigt sur le sol – on ne nous dit pas quoi – laissant les hommes poursuivre leurs accusations. Il leur a ensuite dit que ceux qui n’avaient jamais péché lancent en premier une pierre sur cette femme. Ils ont alors tous commencé à se retirer, en commençant par les plus âgés. Jésus avait retourné contre eux leur piège légaliste et leur misogynie systémique.

Pour finir, Jésus a dit à la femme qu’il ne la condamnait pas non plus, tout en l’appelant à ne plus pécher dorénavant. C’était un appel tout aussi radical que miséricordieux à vivre une vie libérée en Dieu, une vie qu’elle n’aurait jamais crue possible au moment où on la traînait vers Jésus.

Marie de Magdala, Jeanne et Suzanne

Luc 8.1-3

Nous nous imaginons souvent les douze apôtres avec Jésus, un petit groupe exclusivement masculin, se déplaçant à travers le pays et apprenant aux pieds du Maître. Cependant, il y avait aussi un groupe de femmes de distinction qui le suivaient et faisaient partie du ministère de Jésus. Elles l’accompagnaient dans ses différents voyages et soutenaient son ministère par leurs biens. Luc en cite trois par leur nom : Marie de Magdala, Jeanne et Suzanne, en précisant qu’elles n’étaient pas les seules.

La plus connue d’entre elles, Marie de Magdala, a été le sujet de nombreux mythes et légendes anciens ou plus modernes. On a dit d’elle qu’elle était une ancienne prostituée, qu’elle était l’épouse cachée de Jésus ou encore qu’elle a été à la tête d’une branche alternative du christianisme au tout début de l’histoire de l’église. Cependant, aucune preuve ne vient étayer ces différentes hypothèses. La seule information biographique que nous donnent les évangiles est que Jésus a chassé sept démons de cette femme et qu’elle s’est ensuite jointe au groupe qui l’accompagnait, devenant une figure importante de son entourage.

En ce qui concerne les deux autres femmes dont le nom est cité, nous ne savons rien de Suzanne, si ce n’est son nom. Quant à Jeanne, elle est l’épouse de Chuza, un fonctionnaire de haut rang auprès de la maison royale d’Hérode. Contrairement aux douze apôtres, ces femmes étaient apparemment riches et socialement bien placées. Il était choquant, aussi bien pour des juifs que pour des non-juifs, de voir un rabbin recevoir leur soutien. Jésus cependant n’avait aucun problème à les inclure dans son ministère et à leur confier des responsabilités.

Marthe et Marie de Béthanie

Luc 10.38-42 ; Jean 11.1-44 ; Jean 12.1-8 ; Matthieu 26.6-13 ; Marc 14.3-9

Les amis proches de Jésus ne voyageaient pas tous avec lui. Ces deux sœurs, Marthe et Marie, ainsi que leur frère Lazare, habitaient dans le village de Béthanie, près de Jérusalem. Jésus s’y arrêtait lorsqu’il se rendait à Jérusalem. On nous rapporte très peu de détails personnels au sujet de Lazare ou de ses interactions avec Jésus, si ce n’est le fait que Jésus l’a ressuscité des morts.

Il en est autrement des deux sœurs. Au cours de l’une des visites de Jésus, Marthe était occupée à servir les invités alors que Marie était assise au pied de Jésus, écoutant ses enseignements. Marthe, clairement la personne dominante dans cette famille, voulait que sa sœur l’aide à servir, mais Jésus l’a gentiment informée que Marie avait choisi la bonne part et que cette part ne lui serait pas enlevée. Cette prise de position était bien plus radicale que ne l’imagine le lecteur d’aujourd’hui. Dans la culture juive, il n’était pas permis aux femmes d’étudier la théologie. La place des étudiants au pied de leur rabbin était réservée seulement aux hommes. En accueillant Marie comme il l’a fait, Jésus renversait cette organisation culturelle.

Lors de la dernière visite de Jésus à Béthanie, seulement quelques jours avant sa crucifixion, l’intuitive Marie a apporté une bouteille de parfum de grand prix (il semblerait que les deux sœurs aient été plutôt aisées). Elle a versé ce parfum sur Jésus, dans le but de l’honorer, en préparation de son enterrement. Lorsque certains disciples ont critiqué ce geste, Jésus a prestement pris sa défense, leur affirmant que le monde entier se souviendrait de ce magnifique acte, partout où l’évangile serait proclamé.

Lors de la mort de Lazare, Jésus a répondu à la peine de chacune des sœurs de manière adaptée à leur personnalité. Avec Marthe, il a discuté de la réalité de la résurrection. Avec Marie, il a simplement pleuré. Ces deux femmes étaient pour lui des amies proches. Il les a traitées avec sensibilité, affection et respect.

Marie de Magdala et ses amies, à nouveau

Matthieu 27-28 ; Marc 15-16 ; Luc 23-24, Jean 19-20

Marie de Magdala est mentionnée plus d’une douzaine de fois dans les quatre évangiles, ce qui est plus que la plupart des apôtres. Mis à part le passage où Luc parle des femmes qui voyageaient avec Jésus et soutenaient son ministère financièrement, toutes les autres références à Marie et à ses amies sont liées à la mort, à l’enterrement et à la résurrection de Jésus. Dans chacune de ces références, sauf une, Marie est mentionnée en premier, suggérant qu’elle avait un rôle de premier plan au sein de ce groupe de femmes, un peu comme Pierre parmi les apôtres.

Cependant, contrairement à Pierre et aux apôtres, qui ont fui lors de l’arrestation de Jésus et que l’on n’a pas ou peu revus jusqu’après sa résurrection, ces femmes étaient présentes à chaque étape. Elles sont restées pour voir Jésus mourir à la croix, elles ont suivi le déroulement de son enterrement, se sont rendues au tombeau pour embaumer son corps, sont entrées dans la tombe vide, ont vu les anges qui leur ont annoncé la résurrection de Jésus et ont rapporté la nouvelle aux apôtres qui, soit dit en passant, ne les ont pas crues.

Il est important de noter (puisque le texte biblique le fait) qu’il s’agit bien là du même groupe de femmes éminentes et aisées qui avaient accompagné Jésus et l’avait soutenu financièrement de la Galilée jusqu’à Jérusalem. Dans une culture qui ne donnait aucune valeur au témoignage d’une femme, Jésus a donné à ce groupe d’amies le privilège et la responsabilité d’être les premiers témoins de sa résurrection. D’ailleurs, Marie de Magdala est la première personne à voir et à parler au Seigneur ressuscité, et à l’annoncer aux apôtres. C’est la raison pour laquelle plusieurs traditions au sein de l’église l’ont plus tard décrite comme « l’apôtre des apôtres ».

Pour conclure

Ce ne sont là que quelques-unes des femmes avec lesquelles Jésus a interagi à travers les évangiles. Il y en a beaucoup d’autres, que Jésus a traitées, sans exception, avec douceur et respect, en affirmant leur valeur et leur dignité en tant que créatures de Dieu. Il les a accueillies, défendues, délivrées et les a amenées à trouver leur identité en tant que filles de Dieu et que sœurs du Christ.

Ce n’est pas tout : Jésus s’est également servi de paraboles qui mettaient en scène des femmes pour illustrer des vérités spirituelles (la veuve et le juge inique, la femme qui avait perdu une pièce, les vierges folles et les vierges sages). Il est allé encore plus loin dans son discours sur les lois liées au mariage, au divorce et à la convoitise sexuelle afin de protéger les femmes. Il a cité des exemples contemporains et historiques de femmes comme étant des modèles de foi et de vertu (la reine de Saba qui vint écouter la sagesse de Salomon et l’interroger, la pauvre veuve qui a donné ses derniers sous pour le trésor du temple). Pour finir, il a intégré des femmes dans son ministère et les a accueillies en tant que disciples, les invitant à le suivre et à apprendre de lui, ce qui était absolument révolutionnaire pour un rabbin juif.

Tout ce que Jésus a dit et fait dans ses relations avec les femmes allait radicalement à l’encontre de la culture ambiante, aussi bien juive que gréco-romaine. Les hommes juifs prononçaient régulièrement une prière du matin dans laquelle ils remerciaient Dieu de n’être ni esclave, ni païen, ni femme. Les penseurs grecs faisaient une prière similaire, remerciant Dieu de n’être ni des bêtes, ni des barbares, ni des femmes. L’attitude de Jésus était à l’extrême opposé. Comme l’a redit plus tard son grand apôtre Paul : « Il n’y a plus ni Juif ni non-Juif, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous êtes tous un en Jésus-Christ. » (Galates 3.28)

Pour ceux qui suivent Jésus aujourd’hui, il est essentiel de reconnaître leurs péchés individuels ou collectifs, passés ou présents dans ce domaine et de s’en repentir. Bien trop souvent, l’église a suivi la culture ou détourné les Écritures pour justifier des attitudes misogynes qui ont fait souffrir les femmes. Il n’y a aucune place pour de telles mentalités dans le corps de Christ, qui est composé de frères et de sœurs dans la foi, de femmes et d’hommes créés à l’image de Dieu. Jésus nous appelle à faire mieux. Non seulement il nous a fourni un parfait exemple, mais il nous donne aussi le pardon, la guérison et le pouvoir de changer. Aujourd’hui plus que jamais, dans la culture actuelle, il est essentiel que nous prenions ce problème à bras-le-corps. Le monde nous regarde et le Seigneur aussi.

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