Quand le confinement lié au COVID-19 augmente les risques de violence conjugale

Par Focus on the Family Canada

À cause de la pandémie que nous subissons actuellement, on nous demande de rester chez nous autant que possible, de respecter la distanciation sociale, voire dans certains cas d’être en quarantaine chez soi sans aucun contact extérieur. Même pour les mariages les plus solides, une telle situation peut susciter des tensions, en particulier si les deux conjoints se retrouvent à travailler de la maison, ou si l’un – ou les deux – ont perdu leur emploi.

Que dire alors des couples où la violence est présente – qu’elle soit physique, verbale ou émotionnelle ? La configuration actuelle peut vite devenir dangereuse.

Habituellement, les conjoints de personnes abusives trouvent des moments de répit lorsque leur époux/épouse part au travail ou qu’eux-mêmes ont la possibilité de quitter la maison pour aller travailler. Parfois, pouvoir se rendre à la bibliothèque ou au parc avec les enfants est une échappatoire nécessaire face à la réalité qu’ils vivent à la maison.  Aller à l’église le dimanche peut être une source de soulagement. Lorsque ces possibilités disparaissent soudainement, et que le stress qui caractérise la situation actuelle augmente, les comportements destructeurs peuvent malheureusement devenir encore plus incontrôlables.

Focus Famille tient à vous rappeler que si vous ou quelqu’un que vous connaissez vit une telle situation, il existe des démarches pour vous protéger et vous mettre en sécurité.

Les conseils qui suivent ont été formulés par notre équipe de thérapeutes et de conseillers conjugaux, formés à gérer ce type de situation de crise.

  • La première chose à faire est de se rappeler que l’abus n’est pas de votre faute. La tolérance au stress des personnes abusives est déjà très basse en temps normal. Avec l’augmentation des facteurs de stress tels que l’auto-isolement, le chômage et la peur, leur niveau de tolérance diminue encore plus. Si votre conjoint cherche à gérer son stress à travers des comportements destructeurs ou diverses formes d’addiction, vous n’en êtes pas responsable.
  • En ce moment plus que jamais, il est important de prendre soin de vous en priorité, que ce soit sur le plan émotionnel, spirituel, physique ou mental.
    • Émotionnellement: prenez la peine de verbaliser vos émotions et de faire le point sur le climat émotionnel qui règne chez vous. Il est important que vous puissiez reconnaître vos propres déclencheurs émotionnels afin d’éviter de réagir de manière incontrôlée au comportement de votre conjoint, créant ainsi une dynamique destructive entre vous.
    • Spirituellement: passez du temps dans la Parole de Dieu, la prière et la méditation sur la Bible. Rappelez-vous que Dieu est votre refuge dans les temps difficiles (Psaume 46.2) et que ses plans pour vous sont des plans de bonheur et non de malheur (Jérémie 29.11). Ce sont des vérités importantes, en particulier quand le quotidien est rempli d’incertitudes.
    • Physiquement : éloignez-vous physiquement lorsque cela est possible. Allez dans une autre pièce de la maison, enfermez-vous dans la salle de bain ou sortez marcher un peu. En cas de danger, cela peut aussi vouloir dire vous extraire complètement de la situation et mettre en place un plan de fuite d’urgence avec l’aide de personnes de confiance ou d’un refuge local. (Voir les ressources ci-dessous le cas échéant.)
    • Mentalement : reconcentrez vos pensées de manière constante et intentionnelle sur la vérité concernant votre valeur et ce que vous méritez. L’une des techniques de manipulation qu’utilisent les personnes abusives est d’essayer de vous faire douter de votre propre santé mentale et de leurs intentions réelles. Garder l’esprit clair et rester concentré sur la vérité demande un énorme effort mental. Il est cependant essentiel de rester conscient de la réalité de votre situation afin de vous protéger vous-même ainsi que votre entourage.
  • Posez des limites, surtout en situation d’isolement avec un conjoint abusif. Les limites à poser seront différentes selon les personnes et les situations. Dans tous les cas, il s’agit avant tout de prendre soin de soi tel que cela est décrit ci-dessus et de trouver des manières de réagir qui permettent de faire redescendre la pression. Ce n’est pas le moment de rentrer dans des disputes ou d’essayer de raisonner votre conjoint. Même s’il est tentant de réagir dans le feu de la situation quand vous vous sentez attaqué, en restant calme (du moins en apparence), vous pourrez peut-être empêcher la situation d’empirer. Si vous vous sentez mal à l’aise dans certaines interactions, essayez de demander à prendre du temps à part avant de continuer la conversation à tête reposée. Encore une fois, si la situation devient dangereuse, assurez-vous d’avoir en place un plan pour pouvoir en sortir rapidement.

Mettre en place un plan de sortie d’urgence

Avec les mesures d’isolement et de distanciation sociale qui existent en ce moment, les risques de violence domestique augmentent. Il se peut qu’il devienne nécessaire pour vous de mettre en place un plan pour préserver votre propre sécurité et potentiellement celle de vos enfants.

Les conseils qui suivent ont été tirés d’un document rédigé par le ministère de la Justice de Colombie-Britannique (disponible en anglais ici) :

  • Préparez un sac ou une valise d’urgence à cacher chez vous ou chez un/une ami, dans lequel vous mettrez :
    • Des vêtements pour vos enfants et pour vous
    • Vos documents personnels (originaux ou photocopies) : une carte d’identité avec photo (passeport, permis de conduire), votre numéro de sécurité sociale, une carte de crédit ou de débit, votre carte d’assurance maladie, votre dossier médical, vos prescriptions médicales, etc.
    • Des jouets et/ou des objets réconfortants pour vos enfants
    • Un téléphone cellulaire (ou une liste écrite) avec les numéros de téléphone de personnes de confiance (famille ou amis), ainsi que les numéros de votre médecin, de refuges et/ou de centres d’aide.
    • Si possible, de l’argent liquide
    • Tout autre objet dont vous pourriez avoir besoin en cas de départ précipité (bijoux, objets à valeur sentimentale, médicaments, etc.)
  • Si possible, ouvrez un compte en banque à votre nom et assurez-vous que la banque ne vous enverra aucun courrier ni ne vous appellera concernant ce compte.
  • Assurez-vous d’avoir un endroit où vous pouvez vous rendre si vous et vos enfants devez partir immédiatement (par exemple chez des amis, chez votre pasteur, dans un refuge ou un foyer, dans un hôtel, etc.)
  • Si besoin, contactez la police au 911 ou appelez une ligne d’aide d’urgence. Vous trouverez une liste des refuges et lieux d’accueil au Canada ici.

Enfin, il est important de se rappeler que, bien que le mariage soit précieux et la réconciliation désirée, ce n’est pas toujours réalisable – encore moins dans les temps de stress et de tension tels que nous vivons en ce moment. « Le mariage et la famille sont importants aux yeux de Dieu, mais les individus qui composent ce mariage et ces familles sont tout aussi importants pour lui », explique Leslie Vernick dans son livre The Emotionally Destructive Marriage[1]. Elle continue : « Dieu n’accorde pas plus de valeur à l’institution du mariage qu’aux individus qui la composent. […] Son souhait n’est pas que vous viviez dans une situation de détresse. Il vous tend la main. Saisissez-la et recevez sa vie. »

Voici quelques liens qui peuvent vous aider si vous rencontrez une situation d’abus dans votre foyer :

Si vous êtes en danger immédiat, appelez le 911 et mettez-vous à l’abri dans un lieu prédéterminé ou contactez l’un des lieux d’hébergement près de chez vous.

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[1] Uniquement disponible en anglais. De la même auteure, voir Les relations destructrices, disponible sur la librairie en ligne de Focus Famille.