Départ pour l’université : célébrer les réussites de votre enfant tout en vivant la perte

Par Catherine Wilson

 

« Voilà la cuisine et, regarde… là, il y a mes affaires. »

Un peu perplexe, j’embrasse du regard l’étendue de la cuisine commune de la résidence universitaire de ma fille. Comment en sommes-nous arrivés là si vite ? Je me deman­de. Je n’étais pas prête pour ça… pour voir ma fille quitter la maison.

« J’ai écrit mon nom sur mon bol, dit ma fille, mais j’ai fait une faute d’écri­ture stupide. Lis ce que ça donne. » Elle m’a montré un contenant blanc sur une étagère, juste au-dessus de nos têtes.

Là, sur le bord du contenant, à l’encre noire indélébile, étaient écrits les mots : intestins (bowl – bowel en anglais) de Joanna.

« Étant donné que tu es dans le domaine médical, ça devrait décourager quiconque de l’utiliser, » ai-je plaisanté, malgré ma gorge qui se serrait.

Elle m’avait fait rire malgré ma tristesse, une fois de plus.

Pendant un très bref instant, je me suis laissé aller dans le « il-n’y-a-pas-si-longtemps », revoyant la tête aux douces boucles blondes de ma fille qui versait du jus de fruit dans ses tasses à thé en plastique rose. Quel bonheur de se remémorer cet instant. Je me souviendrais aussi du moment présent, pour le mélange doux-amer de joie et de tristesse qu’il représente.

Si je n’étais pas prête pour ça, ma fille ne l’était pas non plus. De retour dans sa chambre, Joanna a inspecté le cadeau qu’elle avait acheté pour sa nouvelle camarade de chambre, puis a refait le nœud pour la troisième fois.

« Tu penses qu’elle l’aimera ? Tu penses qu’elle l’aimera vraiment ? » m’a-t-elle demandé.

« Bien sûr… et je suis certaine que vous vous entendrez très bien, » ai-je calmement répondu. Mais je savais bien qu’il y avait des questions plus pro­fondes, non exprimées, qui l’avaient gardée éveil­lée la nuit dernière. Comment seront les cours ? Arriverait-elle à accomplir tout ce qu’on était attendait d’elle ? Avait-elle fait le bon choix de carrière ?

En attendant, je luttais avec mes propres doutes. Jusqu’à quel point les résidences universitaires étaient-elles sécurisées ? L’environnement social la distrairait-elle de ses études ? Les études de médecine avaient-elles été vraiment son choix ou était-ce le mien ?

On a frappé à sa porte. « Tu es bien installée ? » a demandé joyeusement l’hôtesse de la résidence. Je me sentais décidément mal à l’aise mais c’était mon signal de départ. J’ai compris le sous-entendu. Joanna m’a suivie en bas jusqu’au stationnement.

« Merci de ne pas être un parent ‘hélicoptère’ ! » m’a crié Joanna par la fenêtre de la voiture quand j’ai mis le moteur en marche. J’ai fait semblant de sourire et j’ai agité la main. J’avais ri une fois à cette mention à la réunion d’orientation pour les parents. Le service de liaison de l’université nous avait recom­mandé de ne pas être des parents hélicoptère – le genre de parents qui tournent autour de leurs enfants, pour essayer de les garder sous surveillance. Alors que maintenant, la seule chose qui pouvait m’aider à quitter ma fille était la pensée que je me dirigeais vers le téléphone. Je projetais d’appeler Joanna dès que je serais rentrée à la maison.

À l’extérieur, sur la route principale, les poteaux de téléphone défilaient devant la voiture souli­gnant la distance grandissante entre nous – une distance qui serait mesurée non seulement par la géographie mais aussi par les nombreux aspects de la vie de ma fille que je ne pourrais plus partager.

« Seigneur, ai-je murmuré, comment nous sentirons-nous une famille sans elle ? » Cette question a fini de briser ma résolution et des larmes se sont mises à rouler sur mes joues.

Puis, le souvenir d’un autre moment… d’un autre endroit… un jour où j’avais laissé Joanna et où j’avais ressenti quelque chose d’aussi terrible que ça.

Quand Joanna est entrée en grade 1, nous avions emménagé dans un nouveau voisinage. Alors qu’elle était une enfant pleine de vitalité et avait beaucoup d’amis, j’ai été choquée et peinée quand elle s’est retrouvée exclue par nombre de ses pairs dans sa nouvelle école. Son isolement a continué non seulement pendant des semaines, mais aussi pendant des années, s’améliorant néanmoins lors de sa transition au niveau secondaire. Pendant ses jeunes années, je devais souvent sortir Joanna de dessous son lit pour l’emmener à l’école. En la laissant dans la cour de récréation tous les jours, toute seule, j’avais l’impression de trahir tout ce qu’elle attendait de moi, sa mère. Mais, en fin de compte, je pouvais faire peu de choses pour l’aider.

Au cœur du souvenir est arrivée la douce révé­lation : la confiance et la foi que Joanna montrait maintenant, en tant que jeune femme, était un produit de la douleur qu’elle avait expérimentée alors. Mon impuissance à l’aider l’avait forcée à ne dépendre que du Seigneur, et il avait prouvé lui-même qu’il pouvait faire beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé. Son choix d’une université basée sur la foi était encore une autre preuve du travail en profondeur qu’il avait accompli à travers ce temps douloureux.

C’était donc à nouveau le temps de regarder et de prier… et d’attendre les nouvelles béné­dictions que Dieu produirait. Ces bénédictions se déploieraient non seulement dans la vie de Joanna mais aussi dans celle de notre famille. En son temps, nous retrouverions un sentiment de plénitude. Nous serions satisfaits, pas comme une famille plus petite, mais comme une famille à longue distance. Bien que n’habitant plus dans la même maison, nous resterions liés ensemble par l’amour et le partage de nouvelles aventures.

En passant le long d’un supermarché, je me mis soudain à faire mentalement une liste des achats que j’avais besoin de faire. Oui, ce serait merveilleux d’avoir des nouvelles de Joanna, bien sûr, mais l’appel pouvait attendre encore un peu. En fait, j’ai décidé à ce moment-là que j’attendrais jusqu’à ce que Joanna soit prête à m’appeler elle.

Comment apaiser ce sentiment de perte

Que votre fils ou votre fille quitte la maison, vous et les autres membres de votre famille pouvez connaître une période où cela crée un vide difficile à vivre. Soyez conscients que chacun de vous le vivra de façons différentes et pour une durée différente. Voilà quelques idées pour aider à apaiser un peu la douleur pendant ce temps de transition :

  • Commencez un blog de la famille et encou­ragez votre fils ou fille au loin à faire de même. Partager des photos ainsi que les détails de vos vies, jour après jour, vous aidera à rester connectés les uns aux autres.
  • Encouragez vos plus jeunes à faire des appels téléphoniques privés à leur grand frère ou grande sœur, surtout si leur relation a été positive dans le passé.
  • Demandez honnêtement au Seigneur s’il fait de la place dans vos cœurs pour quelqu’un d’autre. Y a-t-il des étudiants dans votre église que vous pourriez inviter à dîner régulièrement ? Vous pourriez aussi choisir de vous joindre à un programme d’hospitalité plus formel dans une université locale. Vous seriez surpris de voir le nombre d’étudiants qui apprécierait un bon petit repas cuisiné maison ! Ce peut être le moment de considérer d’ouvrir votre maison à des étudiants étrangers en devenant activement impliqués dans des agences qui aident des jeunes à problèmes, vous pourriez même adopter un enfant.

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