Treize raisons de choisir la vie

Ouvrir le dialogue sur le suicide avec vos adolescents

Par Daniel Huerta

Il n’y a pas que les ados qui parlent de la série Netflix « Treize raisons » (13 Reasons Why) qui en est maintenant à sa deuxième saison. Les parents aussi se montrent curieux concernant l’histoire de la jeune Hannah Baker et de sa spirale infernale vers le suicide. « Quel message cette série envoie-t-elle aux adolescents ? » se demandent certains. « Y fait-on vraiment l’éloge du suicide, comme on l’entend parfois?»

En tant que parent et thérapeute familial, j’ai été perturbé par les représentations très graphiques du suicide, du viol et des scènes d’intimidation présentes dans cette série. Je ne suis pas non plus en accord avec le fondement sur lequel elle s’appuie, selon lequel la tragique histoire d’Hannah est le résultat direct des actions négatives de ceux qui l’entourent. C’est une simplification grotesque d’un problème sérieux. La maladie mentale et la dépression n’y sont jamais mentionnées. L’histoire ne parle pas de toute l’aide qui est disponible pour les adolescents faisant réellement face à la dépression. On n’y trouve pas non plus la notion d’espoir ou l’idée que l’on peut s’en sortir, surtout en demandant de l’aide.

Bien que je ne recommande pas cette série, je pense qu’il est important d’outiller les parents pour discuter honnêtement et ouvertement avec leurs ados des inquiétantes difficultés qui y sont décrites. Bien plus, nos jeunes doivent savoir qu’il y a toujours de l’espoir et des personnes qui sont là pour les aider. Voici treize messages que tout adolescent devrait entendre :

  1. Tu as ta place parmi nous

Les ados ont besoin de comprendre qu’ils sont irremplaçables dans leur famille et dans leur communauté. Leurs parents et frères et sœurs les aiment et sont heureux qu’ils fassent partie de leur vie. Ils doivent aussi savoir qu’ils sont des membres importants de leur église, qu’ils font partie de la grande famille de Dieu.

  1. Tu es précieux

Nous devons aider nos ados à se voir tels que Dieu les voit : comme des personnes précieuses car créées spécifiquement par lui. La Bible nous enseigne que nous sommes le chef-d’œuvre de Dieu, « son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ pour de bonnes œuvres » (Éphésiens 2.10). Dieu a fait de votre ado une « créature merveilleuse » (Psaume 139.14).

  1. Tu as un don

Quel plaisir de voir un adolescent découvrir pour la première fois ses talents ! Quelque chose pour lequel il est doué, un talent inné ou bien acquis par le fruit de son travail. Cela lui donne une vision de son potentiel, un aperçu de la direction que sa vie pourrait prendre plus tard. En tant que parents, nous sommes aux premiers rangs pour accompagner nos enfants dans la découverte de leurs dons. Nous avons l’opportunité précieuse de les encourager à s’avancer avec confiance et compétence dans ce qui les rend uniques au monde.

  1. La vie peut changer à tout moment

Nos jeunes doivent comprendre que la vie est un peu comme des montagnes russes, c’est-à-dire remplie de hauts et de bas. Elle peut changer de direction du jour au lendemain. Les choses peuvent s’empirer mais elles peuvent aussi s’améliorer, bien souvent en fonction de la manière dont nous réagissons face aux difficultés. Les enfants ont besoin d’entendre que la souffrance et le malheur sont indéniablement des « bas », mais qu’il y a toujours de l’espoir, des « hauts ». J’aime cette citation d’un poète français qui dit : « La vie nous donne toujours une seconde chance qui s’appelle demain. » Nos ados ont besoin de se rappeler que, même dans les moments les plus sombres, le soleil finit toujours par se lever.

  1. Quand on a le nez dans les détails, on ne peut avoir une vision d’ensemble

Les adolescents ont tendance à être facilement coincés dans des moments de vie isolés, tout comme une personne dans un musée qui se trouverait devant un immense tableau, mais ne fixerait son attention que sur les traits de pinceau en bas à droite. Certes, l’œuvre ne serait pas ce qu’elle est sans ces coups de pinceau détaillés. Mais pour l’admirer dans son ensemble, il est nécessaire de prendre du recul pour pouvoir considérer le tableau en entier. Nous pouvons encourager nos ados à prendre une grande inspiration, reculer de quelques pas et élargir leur vision. Il reste encore tellement de toile vierge à remplir ! Nous devons les aider à accepter le fait que leur vie sera faite de nombreux moments de joie et de souffrance. Ce sont ces moments dans leur ensemble qui en font une œuvre grandiose et unique.

  1. Ces tempêtes t’aideront à devenir plus fort

Demandez à votre ado d’imaginer un arbre bien enraciné. Grâce à l’eau des premières tempêtes, il grandit et se renforce. Quand le vent se lève à nouveau, l’arbre résiste encore mieux, car il a des racines plus profondes cette fois-ci. C’est la même chose pour nous : quand nous sommes confrontés à des épreuves, cela nous rend plus forts et nous équipe pour mieux faire face à la prochaine épreuve. L’adversité, c’est comme le sport : ça nous muscle. En tant que parents, nous pouvons donner à nos enfants des exemples de personnes qui ont traversé des épreuves et en sont sorties fortifiées. D’ailleurs, ceux qui ont eu une enfance difficile sont souvent plus aptes à faire face à l’adversité à l’âge adulte.

  1. Ton histoire n’est pas terminée

Tout adolescent qui a des pensées suicidaires doit réaliser que le suicide n’est pas une fin naturelle à ce qui devrait être une histoire plus longue et plus belle. Il n’y a aucune possibilité de rédemption, aucune victoire face à l’adversité, aucun espoir d’un jour nouveau. Le suicide n’est ni une revanche, ni une vengeance. Ça ne fait que terminer l’histoire avant la fin, avant que tout ce qui devait se passer puisse être écrit. C’est une décision irréversible.

  1. La merveilleuse histoire de Dieu n’est pas terminée

« Maudis Dieu, et meurs » a conseillé la femme de Job à son mari face aux souffrances, aux deuils et à la maladie qu’il vivait. S’il avait suivi ce conseil, il aurait raté toutes les bénédictions que Dieu avait en réserve pour lui, sans compter une rencontre incroyable et unique avec le Créateur de l’univers. L’œuvre de Dieu dans la vie de Job allait tellement plus loin que de rester assis au milieu des cendres. Aidons nos ados à voir que l’histoire de Dieu s’écrit dans une dimension qui dépasse les moments sombres de notre existence. Il n’en a pas fini avec nous. « Après que vous aurez souffert un peu de temps, il vous rétablira lui-même, vous affermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables. » (1 Pierre 5.10)

  1. Dieu se soucie de ta souffrance

De nombreux adolescents qui traversent des moments d’épreuve se retournent contre Dieu : « Si Dieu m’aimait vraiment, pourquoi permet-il toute cette souffrance dans ma vie ? » Nous pouvons expliquer à nos enfants que Dieu promet de nous guider et de nous fortifier dans l’adversité, mais qu’il ne nous l’évite pas toujours. Même s’il ne nous protège pas de toutes les épreuves de la vie, il nous aime et « Il nous réconforte dans toutes nos détresses. » (2 Corinthiens 1.4) Combien ces paroles sont rassurantes : « Tu garderas dans une paix parfaite l’esprit qui s’appuie sur toi, car il se confie en toi. » (Ésaïe 26.3) En qui se confie votre enfant ? Aidez-le à trouver une véritable paix pour son esprit en se confiant en Dieu, même si cela ne lui évite pas les moments difficiles.

  1. Ta présence fait une différence

J’ai rencontré plusieurs ados qui me disaient qu’ils avaient le sentiment que personne ne faisait attention à eux. Ils doutent du fait qu’on remarque leur absence s’ils disparaissaient de la surface de la terre. Parfois, les jeunes ont simplement besoin que quelqu’un les voie et les entende. Vous savez que vous avez une relation spéciale avec un adolescent quand il se sent suffisamment en sécurité pour s’ouvrir à vous. En tant que parent, écouter sans jugement nous aide à mieux comprendre ce qui se passe dans la vie de notre enfant. Il ne s’agit pas simplement d’une écoute passive. Une vraie écoute a le pouvoir de valider l’autre dans ses émotions et ses expériences.

  1. La réalité dépasse ta perception

Il nous arrive à tous de mal percevoir les choses, d’interpréter négativement des événements ou les actions des autres. Cela est d’autant plus vrai chez les ados car leur cerveau n’est pas encore complètement développé. Leur perception des choses peut être ternie par leurs émotions, leurs sensations ou une imagination débordante qui leur font croire que le monde entier les déteste ou leur en veut. Ils peuvent se sentir rejetés quand beaucoup d’émotions viennent obscurcir leur jugement ou qu’ils manquent de recul sur la situation. Notre cerveau traite le rejet de la même manière que la douleur physique, ce qui veut dire que cela fait réellement mal de se sentir rejeté. Aidez votre ado à prendre conscience de ses perceptions et de ses émotions et à identifier les moments où sa pensée est faussée, pour qu’il puisse réfléchir de manière plus posée et réaliste à sa situation.

  1. Tu peux être une lumière

Ce que les ados se disent et se font les uns aux autres compte beaucoup pour eux. C’est d’ailleurs le seul message intéressant de la série « Treize raisons ». Nous pouvons aider nos adolescents à repérer l’impact négatif ou positif qu’ils ont sur les autres. J’encourage mes enfants à être de ceux qui remarquent, qui construisent ou qui encouragent ; à regarder autour d’eux ; à bâtir des ponts et créer des liens. Je les exhorte à aller voir celui qui mange tout seul, qui n’a pas de binôme en sciences ou qui a besoin d’être encouragé. Élevons des enfants sensibles à ceux qui sont en difficulté autour d’eux.

  1. Il y a de l’aide disponible et il est possible d’aller mieux

L’un des points particulièrement frustrants au sujet de « Treize raisons » est l’absence quasi totale de mention des réels problèmes de santé mentale qui sont en jeu dans le suicide des adolescents. La vie d’Hannah semble être une concentration de toutes les difficultés que peut rencontrer un ado, sans la moindre mention de l’aide qui existe et de la possibilité de surmonter ces difficultés. Nous ne devons pas laisser nos enfants isolés dans leurs souffrances. Nous sommes les premiers à pouvoir repérer les signes quand ça ne va pas et les appels au secours silencieux. Nous pouvons les mettre en lien avec des professionnels si cela s’avère nécessaire. Personne ne devrait avoir à traverser de telles épreuves seul. De l’aide existe et on peut s’en sortir.

Daniel Huerta est le vice-président du département Jeunesse et Éducation de Focus on the Family.

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