Encourager nos enfants : les erreurs à éviter

Écrit par Catherine Wilson

 

Quel parent n’a pas un jour exagéré les mérites de son enfant ? Peut-être même bien plus souvent qu’on ne veut bien l’avouer. Face à la dernière création artistique de notre fils ou de notre fille, nous nous sommes sentis tellement fiers que nous avons qualifié cette œuvre de « magnifique ! », sans nous soucier de savoir si elle l’était vraiment.

Et soyons honnêtes, il nous arrive aussi de survaloriser nos enfants pour avoir participé aux tâches ménagères. Nous exclamant à coups de « Bravo ! », nous avons applaudi notre petit ange pour avoir accompli quelque chose d’aussi simple que de verser des croquettes dans le bol du chat.

Tout cela n’est pas mal intentionné. Nous essayons simplement de participer à construire leur confiance et leur estime de soi. Au fond, est-ce vraiment important que nos compliments soient peu sincères ou injustifiés ?

Cela dépend… de l’âge de l’enfant.

De manière générale, la survalorisation n’affecte pas négativement les jeunes enfants. Quand nous nous extasions sur leurs gribouillages, ils reçoivent exactement ce qu’ils attendent de nous.

Mais plus ils grandissent, plus nous devons réfléchir à la manière dont nous cherchons à les encourager et à l’impact que nos paroles ont sur eux.

Malgré toutes nos bonnes intentions, survaloriser nos enfants d’âge scolaire et au-delà peut être mal vécu. Cela peut avoir l’effet inverse de ce que l’on espère accomplir. Des commentaires qui paraissent parfaitement innocents, comme « Tu es tellement doué ! », peuvent même saper la confiance d’un enfant en ses capacités, et affecter sa motivation à réussir. Nos enfants ont besoin d’être encouragés, certes, mais pas n’importe comment.

 

Faites des compliments sincères et mérités, évitez la flatterie

Le psychologue et expert en éducation Dr Kevin Leman aime rappeler aux parents que les enfants ont besoin d’une dose régulière de « vitamine E », terme qu’il emploie pour parler des encouragements. Mais il constate lui-même que beaucoup d’enfants reçoivent trop de compliments vides de sens.

« De nos jours, nous vivons entourés d’encouragements factices et des parents couvrent leurs enfants de compliments quand ils n’ont rien fait de spécial et qu’ils se contentent vaguement d’essayer », fait observer Leman[i].

Contrairement à ce que cherchent à faire les parents, la surdose de compliments injustifiés ne conduit pas à renforcer l’estime de soi. Cela a été démontré dans une étude conduite aux Pays-Bas par l’Université d’Ohio. Les résultats de cette étude, publiés en 2015, montrent qu’un groupe d’enfants tests qui recevaient régulièrement des compliments immérités flattant leur ego ne développaient pas la conscience saine d’avoir autant de valeur que les autres enfants. Au lieu de cela, les fréquentes suggestions de leurs parents les définissant comme particulièrement doués ou spéciaux leur donnaient un sentiment de supériorité face à leurs pairs. Autrement dit, ils devenaient narcissiques[ii].

Il faut aussi noter que ces compliments injustifiés peuvent affaiblir certains aspects importants de votre relation parent/enfant. Par exemple, les enfants assez futés pour détecter le manque de sincérité dans les encouragements de leurs parents peuvent finir par ne plus du tout prendre en compte leur opinion.

« Quand vous dites sans cesse à un enfant qu’il est formidable, même quand il sait qu’il ne l’est pas, que pensez-vous que cela s’inscrit dans son esprit ? interroge Leman. La seule chose que cela produise, c’est de faire comprendre à votre enfant qu’il ne peut pas vous faire confiance. Du coup, s’il arrive un jour à accomplir quelque chose de vraiment bon et que vous le félicitiez pour cela, il ne vous croira pas. »[iii]

Ces compliments « factices » peuvent aussi donner à l’enfant le sentiment d’être incompris et mal apprécié. Il peut très bien se dire : « Maman et papa ne savent pas vraiment qui je suis, ce qui est important pour moi ou ce dans quoi je suis réellement doué. »

Un enfant qui manque particulièrement de confiance en lui peut même aller plus loin dans ce raisonnement : « Si maman me complimente sans raison, c’est peut-être qu’elle ne peut pas trouver en moi la moindre raison d’être réellement fière. »

 

Que dire à son enfant ?

Quand nous voulons complimenter nos enfants, il faut que nous le fassions en étant sincères et le plus précis possible, explique Kathy Koch, fondatrice de Celebrate Kids, Inc. Pour aider les parents à dispenser des compliments basés sur la réalité, elle suggère d’employer les mots « parce que ». Voici un exemple de ce que cela peut donner : « Waouh ! Tu deviens de plus en plus généreux. Je le sais parce que je t’ai vu partager ton chocolat avec ta sœur. »

 

Complimentez les efforts, la persévérance et les méthodes, pas le talent

Peut-être que votre enfant est particulièrement doué en maths ou qu’il montre de très bonnes dispositions pour un certain sport. Alors dans ces cas où le compliment est réel, y a-t-il des conséquences négatives à l’encourager par de telles paroles : « Tu es tellement intelligent », « Tu es le meilleur joueur de l’équipe » ?

Les études de Carol Dweck, professeur en psychologie de Stanford, montrent que oui, il est dangereux de complimenter un enfant sur son simple talent. Cela risque de freiner les progrès qu’il pourra faire. Dans une de ces études, menée en collaboration avec Claudia Mueller, deux groupes d’enfants de 10-11 ans ont passé un test de QI non verbal. Quand on leur a rendu leurs résultats, le premier groupe a été félicité pour leur intelligence. Le deuxième groupe a été complimenté pour avoir travaillé dur.

Lorsqu’ensuite on leur a proposé de travailler sur un problème plus difficile, 90% des enfants du deuxième groupe ont accepté de le faire. En avançant dans les exercices, leur perspective positive est devenue évidente : ils percevaient les exercices difficiles comme une occasion d’apprendre de nouvelles choses et ils ne se sentaient pas menacés par la possibilité de faire des erreurs.

De l’autre côté, les enfants qui avaient été complimentés pour leur intelligence ont majoritairement rejeté l’occasion de s’attaquer à un exercice plus complexe. « Ils ne voulaient rien faire qui puisse exposer leurs lacunes et remettre en question leur talent », explique Dweck. Les rares enfants de ce groupe qui ont accepté de s’atteler aux problèmes plus difficiles se sont rapidement découragés, ils ont vécu leurs erreurs comme un échec personnel et n’y ont pris aucun plaisir.

Au final, les résultats des enfants du premier groupe sur ce deuxième exercice, qui était en fait relativement simple, ont été bien moins bons que ceux du premier test portant sur des exercices similaires. Le deuxième groupe a quant à lui progressé sensiblement dans ses résultats lors du second test.

Un autre effet étonnant peut nous donner à réfléchir en tant que parent : Dweck a relevé que le fait de complimenter les enfants pour leur intelligence faisait peser une forte pression sur leur intégrité. Une proportion impressionnante des enfants du premier groupe (40% d’entre eux) a menti aux autres enfants sur leurs résultats aux différents tests. Ils ont gonflé leurs notes, et les chercheurs estiment que c’est parce qu’ils avaient honte de leurs vrais scores.[iv]

Dweck résume ainsi ces découvertes : « Plus de trois décennies de recherches montrent que mettre trop d’emphase sur l’intellect ou sur le talent – avec le sous-entendu que ces traits sont innés et fixes – laisse les gens vulnérables à l’échec, peu enclins à relever des défis et peu motivés à apprendre… D’un autre côté, nos recherches montrent que le fait d’enseigner aux gens à adopter ‟un état d’esprit de progression”, qui encourage à se focaliser sur ‟le processus” (consistant en efforts personnels et en stratégies efficaces) plutôt que sur l’intelligence ou le talent, aide à les rendre très performants dans le domaine scolaire et en général. »[v]

 

Que dire à son enfant ?

Les compliments et les encouragements sont importants pour motiver les enfants et renforcer leur confiance en eux, souligne Dweck, mais il faut le faire avec discernement. Elle recommande aux parents de ne pas complimenter leurs enfants pour leurs talents naturels, mais pour leur approche des choses. Vous pouvez encourager votre enfant pour :

  • Avoir fourni un réel effort
  • Avoir essayé différentes stratégies
  • S’être concentré
  • Avoir persévéré
  • Être prêt à relever des défis

Voici deux exemples donnés par Dweck :

  • Bravo pour ton dessin. J’aime bien les détails que tu as rajoutés au niveau des visages.
  • Tu as vraiment étudié pour ce devoir d’histoire. Tu as relu le cours plusieurs fois, souligné les passages importants et tu t’es entrainé. Ça donne de vrais résultats.[vi]

 

Encouragez les progrès de votre enfant dans son ensemble, ne vous fixez pas sur un ou deux traits

Ce que nous complimentons le plus donne l’impression à notre enfant que c’est ce qui a le plus de valeur à nos yeux. Mais bien souvent, ce sont les forces et les faiblesses les plus flagrantes de notre enfant qui captent notre attention et deviennent le point de fixation de nos commentaires. Cela peut donner aux enfants une vision de leur valeur et de leur identité centrée sur un seul de leurs traits de caractère. Il peut se mettre à penser à lui-même comme étant celui qui a du mal en lecture ou comme n’étant une bonne personne que s’il reste premier de sa classe.

Il est important que nous encouragions nos enfants dans tous les domaines de la vie, sans leur donner l’impression que l’un de ces domaines, comme les résultats scolaires, est la seule chose qui compte. Le développement du caractère de notre enfant est tout aussi important. De même que sa croissance spirituelle, son niveau d’intelligence émotionnelle et sa santé physique. Nous voulons que notre enfant se rende compte que toutes ces choses ont de l’importance et qu’il puisse comprendre ses forces dans chacun de ces domaines. « Il est important que les enfants sachent que leur identité est à la fois intellectuelle, émotionnelle, sociale, physique, et spirituelle, explique Koch. Car si l’un de ces domaines leur pose problème pendant un temps (leurs notes, leurs émotions ou leur vie sociale), ils peuvent alors s’appuyer sur les autres dimensions pour continuer à avancer et sortir plus rapidement de cette situation difficile. »[vii]

Quand nous adoptons la bonne perspective, nous communiquons un message incroyablement motivant à travers nos compliments : rappelant à nos enfants que la vie ne se résume pas à s’évaluer sur l’échelle du succès et de l’échec tels que définis dans ce monde. Nous perfectionnons nos aptitudes et nous cherchons à atteindre le meilleur de nous-mêmes parce que nous avons déjà été choisis pour faire partie de l’équipe des vainqueurs : l’équipe de Dieu. Et nous voulons plaire au coach le plus aimant et le plus encourageant qui soit.

© 2016 Focus on the Family (Canada) Association. Tout droit réservé.

[i] Kevin Leman, sur l’émission de radio de Focus on the Family “Parenting Tips for the Middle School Years,” diffusée le 6 et 7 octobre 2015.
[ii] Alice Walton, “Too Much Praise Can Turn Kids Into Narcissists, Study Suggests,” Forbes, le 9 mars 2015.
[iii] Kevin Leman, It’s Your Kid, Not a Gerbil (Illinois: Tyndale House, 2011), 86.
[iv] Carol Dweck, Mindset: The New Psychology of Success (New York: Random House, 2006), 71-74.
[v] Carol Dweck, “The Secret to Raising Smart Kids,” Scientific American, 1er janvier 2015.
[vi] Ibid
[vii] Kathy Koch, sur l’émission de radio de Focus on the Family “Helping Your Middle Schooler Develop a Healthy Identity,” diffusée le 10 et 11 aout 2015.