Se libérer de nos préjugés pour le bien de nos enfants

Ecrit par Jeremy Favreau

L’importance d’avoir une vision juste de Dieu, de nous-mêmes et des autres.

« Comment éviter à mes enfants l’impact de toutes mes imperfections ? » C’est une question à laquelle tout parent doit faire face tôt ou tard, puisqu’aucun de nous n’entreprend ce rôle sans séquelles de son passé.

En effet, nos expériences et apprentissages passés ont inscrit en nous des préjugés qui affectent notre vision de Dieu, de nous-mêmes et des autres. Nous portons des lunettes qui, au lieu de corriger notre vision pour voir les choses telles qu’elles sont, nous font voir le monde à travers les verres de nos préjugés. C’est pourquoi il faut être à l’affût de leur influence sur nous pour ne pas se laisser inconsciemment contrôler par leur pouvoir sournois et transmettre à nos enfants une vision faussée des choses.

Si nous parvenons à identifier ces préjugés, ces « lunettes » que nous portons, nous pourrons alors recouvrir une vision juste des choses et offrir à nos enfants le meilleur départ possible dans la vie. Nous pourrons leur transmettre une vision juste de Dieu, d’eux-mêmes et des autres, et leur donner ainsi une longueur d’avance.

Ma vision de Dieu

Ce qui nous vient à l’esprit lorsque nous réfléchissons au sujet de Dieu est la chose la plus importante à notre sujet. – A.W. Tozer

En ce qui vous concerne, comment percevez-vous Dieu ? Notre réponse à cette question est la plus importante de toutes. Le problème, c’est que nos préjugés nous empêchent parfois d’avoir une vision équilibrée de Dieu.

Par exemple, il est facile pour certains de concevoir et d’accepter l’autorité de Dieu car elle reflète pour eux l’amour d’un père qui veut le bien de ses enfants. Pour d’autres, ayant une vision de Dieu colorée par un passé d’abus ou de négligence, une telle interprétation des intentions bienveillantes de Dieu sera difficile à recevoir. Pour ces personnes-là, il est difficile de percevoir Dieu comme un Juge souverain qui possède l’autorité de déclarer certaines choses bonnes et d’autres mauvaises car ce genre de pouvoir leur rappelle les accès de colère de parents ou de figures d’autorité de leur passé. Leurs « lunettes » les empêchent d’accepter cet attribut de Dieu de tout cœur, bien qu’ils puissent y consentir mentalement.

Pour avoir une vision plus juste de Dieu, ces gens doivent se rappeler que Dieu est amour. Car s’ils ne voient que l’autorité de Dieu sans son amour, ils auront toujours une évaluation déséquilibrée de Sa nature. L’un ne va pas sans l’autre. Si c’est votre cas et qu’il vous est difficile de croire que Dieu emploie son autorité pour vous corriger et vous instruire parce qu’il vous aime, sachez que les lunettes que vous portez vous empêchent de voir Dieu tel qu’il est. Et plus encore, ils vous empêchent de recevoir l’amour qu’il désire déverser sur vous.

Il s’agit d’un seul exemple parmi les milliers de « lunettes » qui peuvent affecter notre perception de Dieu. Et le remède est le même pour tous : inviter le Saint-Esprit à nous éclairer sur la source de nos fausses conceptions et à confirmer l’amour de Dieu dans nos cœurs. Car si nous ne sommes pas en mesure de l’accepter, nous ne pourrons pas non plus le communiquer de manière persuasive à nos enfants.

Ma vision de moi-même

Vous êtes plus aimables que vous ne le pensez. Me croyez-vous ? À moins d’être atteint de narcissisme aigu, je vous garantis que vous êtes, au moins à certains égards, plus durs sur vous-mêmes que ne le sont ceux qui vous entourent.

C’est normal, puisque vous savez en grand détail toutes les absurdités, les méchancetés et les saletés dont vous êtes capables. Nous sommes tous dans le même bateau. Notre critique la plus sauvage c’est toujours nous-mêmes.

Cependant, vous n’êtes pas la seule personne qui vous connaît dans vos moments les plus noirs. Dieu a tout vu, tout entendu et tout ressenti à travers sa grande empathie pour les personnes que vous avez blessées. Rien ne lui a échappé. Rien. Et il vous aime.

Si vous désirez croître dans la « liberté des enfants de Dieu », vous devez lâcher prise de ce « droit » de vous dénigrer et permettre à la grâce de vous définir. Il ne s’agit pas simplement d’accroître votre amour de vous-mêmes, mais d’élargir votre capacité d’aimer les autres.

Cette vérité est au cœur de l’Évangile, le pouvoir qui seul peut transformer les criminels que nous sommes en personnes nouvelles. Vous me direz peut-être : « Je sais très bien ces choses, je suis chrétien depuis fort longtemps. » Mais j’insiste pour que vous y repensiez deux fois. Cette vérité est plus dure à accepter qu’il semble. Vos convictions théologiques peuvent même y soulever de l’opposition.

Jésus a subi à notre place tout le châtiment de Dieu envers le péché, votre péché et le mien. Mais Dieu ne vous aime pas seulement parce qu’il a pu par cet arrangement satisfaire sa colère. Son amour pour toi n’est pas une réflexion après coup, mais sa motivation depuis le commencement.

Aussi souvent que votre cœur vous sifflera vent du contraire, rappelez-vous de ces versets rarement pris suffisamment au sérieux : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » Dieu a envoyé Jésus te sauver du jugement sachant pleinement l’étendue de ton égarement. Il est donc temps que tu arrêtes de te condamner aussi.

Ma vision de mes enfants

Notre vision de Dieu et de nous-mêmes affecte directement la manière dont nous sommes en relation avec les autres, et en particulier avec nos enfants.

Nos enfants sont un miroir de nous-mêmes. Et comme ce reflet peut être effrayant ! Les gens ont généralement une opinion assez positive à mon égard et j’en suis plutôt fier. Face au regard de mes propres enfants, par contre, je suis par moments noyé dans la honte. Je désire tellement leur démontrer l’amour inconditionnel de Dieu, son équité et sa nature immuable, mais au lieu de cela, je me montre colérique, égoïste et imprévisible. J’ai parfois l’impression d’être un parent terrible et j’ai peur de ruiner leur avenir.

Mais c’est là que je dois m’arrêter et me rappeler de ces lunettes qui affectent ma vision. Depuis que j’ai choisi de suivre Jésus, je dois constamment me rappeler que je ne suis plus au contrôle de ma vie. Je lui appartiens et il s’occupe de moi (1 Pierre 5.7). Je dois aussi me rappeler de lui confier la vie et l’avenir de mes enfants, plutôt que d’agir comme si leur croissance et leur avenir dépendent entièrement de moi et de ma performance en tant que parent.

Comme tout être humain né dans ce monde de beauté et de difformité, mes enfants vont vivre des triomphes et des défaites. Mais je veux leur éviter la souffrance que j’ai expérimentée ! Je veux les protéger de la sorte d’erreurs que j’ai commises ! Et sans m’en rendre compte, je leur impose la perfection que nul être humain ne pourra jamais manifester. Je sème en eux la honte et la culpabilité de ne pas être à la hauteur — le même poids sous lequel j’ai peiné tout au long de ma vie.

Enlevez vos lunettes

Comment rompre avec ce cycle déplorable ? Il faut commencer là où nous en prenons conscience. N’essayez pas de corriger immédiatement votre vision de Dieu ou de vous-mêmes. Prêtez simplement attention aux moments de la vie quotidienne où la honte et la culpabilité se manifestent par les accès de colère, les exigences démesurées ou le désir de tout contrôler. Remarquez ces moments, arrêtez ce que vous faites, recueillez-vous dans la prière et invitez le Saint-Esprit à vous montrer ce qui se passe à l’intérieur de vous.

Posez-vous ensuite les questions suivantes : Pourquoi est-ce que je réagis ainsi ? D’où me vient ce besoin de tout contrôler ? Pourquoi suis-je absorbé par cette crainte ? Qu’est-ce me pousse à imposer de telles exigences à ceux que j’aime ?

Finalement, laissez le Saint-Esprit vous montrer ce qu’Il voudra bien vous révéler. Si vous l’écoutez attentivement, je doute que vous n’entendiez pas quelque chose à propos du manque d’amour que vous portez envers vous-mêmes. Et j’ai confiance qu’au bout de l’exercice vous en sortirez avec une vision un peu plus claire de Dieu, ayant gouté à l’expérience de son amour et de sa grâce. Je crois que c’est ce qu’Il souhaite plus que tout pour vous.

Il ne s’agit pas d’une recette miracle, mais cela marche à tous les coups. En fait, c’est simplement l’application de l’Évangile à nos yeux comme un baume guérissant. Le dénouement précis dépend toujours des lentilles que nous portons, mais le résultat ultime c’est toujours une vision plus juste et une liberté plus grande. Je crois que c’est ce dont Jésus parlait lorsqu’il dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » Il a pris sur lui-même notre péché et ses conséquences. Il est maintenant à nous de recevoir de lui la grâce qui nous permettra d’élever nos enfants avec une vision juste de Dieu, d’eux-mêmes et des autres.

Jeremy Favreau est auteur et leader créatif chez Pouvoir de Changer – Étudiants. Passionné des grandes questions, il est toujours prêt à dialoguer sur l’évangile, la culture et leurs innombrables points de rencontre. Lui et son épouse Selene résident à Montréal et sont parents de trois garçons.  

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