Stop aux paroles vides

Ecrit par Michael Anderson et Timothy Johanson

Comment mieux discipliner nos enfants en parlant moins

Martin Luther a écrit un jour : « Moins on utilise de mots, meilleure est la prière. » Et sur ce plan, le travail de parent ressemble beaucoup à la prière. Moins on utilise de mots, meilleur est l’impact éducatif.

Bien sûr, éduquer des enfants passe beaucoup par la parole. Il est important de discuter avec nos enfants de leur journée, de leurs rêves, de leurs amis et de leurs préoccupations. Mais en ce qui concerne les apprentissages, la discipline et la correction, parler moins se révèle ­être plus bénéfique.

Vous pouvez le reconnaître : si vous vous retrouvez à répéter sans arrêt une notion de discipline à votre enfant, cela montre que ce que vous dites n’est pas efficace. Autrement, vous n’auriez pas besoin de le dire autant de fois. Et même si certains enfants se réjouissent peut-être de toute cette attention, la plupart d’entre eux se retrouvent épuisés par le flot incessant des paroles que vous déversez. Souvent, ils attendent juste que le bruit cesse.

Nous avons tous été à leur place et nous le savons bien : sermonner les enfants ne marche pas. En revanche, une méthode qui se révèle très efficace, c’est de leur apprendre à travers les conséquences de leurs choix. En effet, les paroles de menace et d’avertissement peuvent produire de la honte et de la frustration, mais une conséquence claire, elle, mène au changement.

 

Comment les enfants apprennent-ils vraiment ?

Dans les années 80, notre culture est passée par une tendance éducative où des experts bien intentionnés apprenaient aux parents qu’il fallait sans cesse parler à son enfant. Aujourd’hui, de nombreux parents aimants ont développé cette habitude comme un signe de leur engagement et de leur disponibilité auprès de leurs enfants. Ils veulent leur faire passer le message : « Je suis là, je te surveille et je t’aime. »

C’est une attitude normale et saine dans la plupart des domaines de l’éducation, mais quand il s’agit de corriger et discipliner, il vaut vraiment mieux éviter la parlotte, et appliquer des méthodes qui vont aider l’enfant à progresser. Les recherches montrent depuis longtemps que les enfants (et les adultes) apprennent environ huit fois mieux par leurs expériences primaires que par leurs expériences secondaires. Une expérience primaire est quelque chose qui nous arrive, une expérience secondaire est quelque chose dont on nous parle.

Si par exemple un adolescent qui conduit entend à la radio qu’il est conseillé de conduire prudemment ce week-end parce que de nombreuses patrouilles de police vont circuler, il s’agit d’une expérience secondaire. En revanche, recevoir une amende pour excès de vitesse est une expérience primaire, qui va aider cet ado à ralentir à l’avenir. Des remontrances ou une leçon de morale de la part de ses parents ou de la police pourront susciter un sentiment de honte chez l’adolescent, par contre l’amende va avoir un coût réel qui va le pousser à changer.

 

Évitez les paroles inutiles

Alors, comment aider nos enfants à vivre davantage d’expériences primaires afin qu’ils apprennent à faire de bons choix ? Commençons par éliminer les paroles contreproductives. L’une des principales erreurs de discipline que font les parents est d’utiliser sans arrêt des rappels, des menaces et des avertissements : « N’oublie pas de sortir la poubelle. » « Si tu ne termines pas tes devoirs, tu seras privé de jeux vidéo cette semaine. » « Ça fait trois fois que je te demande d’aller te mettre en pyjama. »

Les menaces, avertissements ou rappels, renvoient à nos enfants le message qu’ils ont échoué dans le passé, qu’ils sont en train d’échouer ou qu’ils vont échouer à l’avenir. Et parler sans arrêt de leurs échecs passés, présents ou futurs, n’aide pas nos enfants à grandir.

Cela est encore moins efficace quand nous parlons ainsi à nos enfants de leurs erreurs et que ces erreurs ne leur coûtent en fait jamais rien. Cela crée un environnement incohérent ou les mots perdent leur sens, où règnent les sermons stériles et où nous ne laissons pas nos enfants assumer le coût de leur choix. Nos paroles vides privent nos enfants de l’opportunité d’apprendre de manière autonome à travers leur choix.

Pourquoi interférons-nous dans cet enchaînement causes-conséquences quand il s’agit d’éduquer les enfants ? Nous pensons peut-être que nous les protégeons ainsi de la souffrance ou de la déception, et parfois nous faisons preuve de pitié pour éviter que notre relation avec eux n’en soit affectée. Mais en réalité, nous les privons d’une occasion de grandir.

 

Un coût raisonnable

Les enfants apprennent mieux lorsqu’ils sont confrontés à des conséquences courtes et réelles non excessives ou dangereuses. En général, les parents peuvent s’appuyer sur deux types de conséquences : les conséquences naturelles et les conséquences basées sur les règles. Quand les circonstances se déroulent d’elles-mêmes et mènent à une conséquence, celle-ci est naturelle. Par exemple : un enfant qui n’écoute pas le conseil de sa mère de prendre un parapluie alors qu’il pleut va se mouiller pendant qu’il attend le bus. Une conséquence basée sur les règles, elle, est créée dans le but de renforcer les règles en vigueur dans la famille, dans le cas où une situation ne mène pas à des conséquences naturelles évidentes. Par exemple : un enfant qui ne fait pas la vaisselle ou ne termine pas ses corvées perd du temps de jeu sur sa console vidéo. Les conséquences que l’on applique ont souvent un lien logique avec l’acte, comme de temporairement confisquer ses billes à un enfant qui les laisse traîner sur le sol du salon.

Le meilleur cadre pour qu’un enfant apprenne, c’est un environnement ou les parents le disciplinent avec peu de mots, tout en appliquant un coût raisonnable à ses mauvais choix, et une récompense raisonnable à ses bons choix. Dans ce contexte, les parents utilisent les mots en amont pour expliquer clairement leurs attentes et les conséquences qui s’appliqueront si l’enfant répond ou non à ces attentes. Cela communique à l’enfant qu’il a la possibilité de faire de bons choix, mais aussi que ses mauvais choix auront un coût.

Une fois que vos enfants s’habituent à cette approche, il n’y a plus besoin de grandes discussions. Résultat ? Moins de paroles déplacées et moins de honte. Chaque nouvelle journée est une occasion pour eux de faire de bons choix.

Prenons par exemple un enfant de six ans. S’il a appris à s’habiller tout seul, vous pouvez lui proposer la chose suivante : « Si tu es habillé avant 9 h, nous irons faire un tour au parc et ensuite au refuge pour animaux pour voir les chiots. Il sera 9 h dans 45 minutes donc tu as largement le temps. » Puis, à 9 h 05, vous pouvez lui demander : « Il est neuf heures passées, es-tu prêt ? » Si l’enfant répond non, le parent peut conclure : « D’accord, on pourra réessayer demain. Viens simplement me voir quand tu seras habillé. » Le parent est doux, il ne fait aucune leçon de morale, il ne critique pas son enfant et n’en fait pas des tonnes, seulement ils n’iront ni au parc ni voir les petits chiots ce jour-là.

Maintenant, qu’est-ce que cela pourrait donner avec une ado de 17 ans ? Une famille peut par exemple décider que les libertés de leur fille (comme utiliser la voiture) sont liées à un certain niveau de performance scolaire discuté à l’avance. Pendant trois semaines, les parents constatent que les résultats sont très bons. Puis, la quatrième semaine, ils découvrent que leur fille a quatre devoirs à rendre en retard et une mauvaise note en chimie. Si cela ne correspond pas aux attentes définies, les parents reprennent les clés de la voiture. Puis ils expliquent simplement : « Nous aimons vraiment te voir jouir de tes libertés et de la voiture et nous savons combien cela est important pour profiter au mieux de ton année scolaire. Si tu rends tous tes devoirs et fais ce qu’il faut pour redresser ta moyenne en chimie, nous pourrons te redonner les clés le plus rapidement possible. » Pas de discussion interminable ni de sermon. Juste quelques paroles directes par lesquelles les parents expriment qu’ils souhaitent voir leur enfant réussir.

 

Est-ce vraiment aussi simple ?

Vous vous dites peut-être que ce n’est pas aussi simple. C’est vrai, j’admets qu’il est facile de donner aux autres des conseils inefficaces et trop simples pour des situations hypothétiques. Nous sommes d’accord, la réalité a parfois l’art de compliquer nettement les choses. Mais posez-vous la question : et si c’était réellement aussi simple ? Et si chacun de vos enfants pouvait comprendre que leurs mauvais choix ont un coût, sans que cela soit lié à une quelconque rancœur ou mette en jeu des sentiments personnels entre vous ? Et s’il savait qu’il allait recevoir peu de sermons et de rappels, et que ses parents attendent et espèrent le meilleur pour lui ?

De nombreux parents nous ont expliqué par des histoires toutes plus complexes les unes que les autres : « Ça ne pourra pas marcher dans notre famille ». Mais les choses n’ont pas toujours besoin d’être aussi compliquées, surtout avec des enfants qui s’en sortent plutôt bien de manière générale. Choisissez les quelques domaines dans lesquels vous voulez avancer, clarifiez les conséquences, croyez en leur réussite et lancez-vous. Tant d’occasions de grandir leur sont offertes quand les enfants peuvent simplement avancer dans la vie et faire face aux conséquences de leurs actes. Il n’est vraiment pas nécessaire de remplir les vides par des paroles critiques ou correctives.

Et quand vous mettez moins de mots à corriger et à discipliner, vous vous retrouvez avec des enfants qui vous écoutent réellement quand vous avez quelque chose d’important à leur dire.

 

Michael W. Anderson est psychologue et a passé trente ans à étudier la croissance des enfants. Le Dr Timothy D. Johanson est pédiatre et aide les parents à trouver les meilleurs moyens d’accompagner le développement de leurs enfants. 

Extrait du site web de Focus on the Family focusonthefamily.com.  © 2017 GISTWorks, LLC.  Tous droits réservés. Utilisation autorisée.